TOGO /CULTURE : LES ARTISTES MONTENT AU CRÉNEAU ET EXIGENT LA DÉMISSION DU MINISTRE
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La Fédération Togolaise de Musique, créée en juillet 2020, et plusieurs organisations professionnelles annoncent une mobilisation collective en octobre 2026. Au cœur de leurs revendications : l’opérationnalisation effective du Fonds National de Promotion Culturelle (FNPC), la transparence dans la gestion des ressources destinées à la culture, l’amélioration des conditions de vie des artistes et, en l’absence de réponses à leurs exigences, la démission du ministre chargé de la Culture.
De la structuration du secteur à la mobilisation
La Fédération Togolaise de Musique (FTM) a été créée le 24 juillet 2020, dans le contexte de l’appel lancé en 2019 par le ministre Kossivi EGBETONYO en faveur d’une restructuration des différents secteurs des arts et de la culture. Selon le dossier de presse de la Plateforme des artistes et acteurs culturels du Togo, cette création répondait à la nécessité de mieux organiser le secteur musical et de défendre les intérêts des professionnels.
La Plateforme indique que la fédération rassemble aujourd’hui 17 associations, parmi lesquelles FACI TOGO, AMAT, ATAB, AMIAP, UNTS, PNPN, UNAM, RECTO, ACC, IAO, OASIS et FEDEM. Cette dynamique de regroupement est présentée comme une volonté de dépasser les divisions et de parler d’une seule voix face aux pouvoirs publics.
« Nous voulons être unis », résument les acteurs, qui entendent faire de cette organisation collective un instrument de représentation et de défense des intérêts des artistes.
Le FNPC, principal point de blocage
Le Fonds National de Promotion Culturelle (FNPC) constitue le principal dossier de la mobilisation. Créé en 2022 pour remplacer le Fonds d’Aide à la Culture (FAC), il devait disposer d’un Conseil d’administration, d’une Direction générale et de mécanismes de gouvernance permettant son fonctionnement effectif. Les organisations professionnelles estiment toutefois que les organes attendus n’ont pas été installés dans les délais annoncés.
Les acteurs rappellent qu’en 2020, le secteur musical avait été privé du financement du FAC. Relancé en 2021, ce fonds avait ensuite fait l’objet de critiques concernant sa gestion, ce qui avait conduit à des demandes de réforme. En 2022, la création du FNPC devait répondre à ces préoccupations.
Selon la chronologie présentée par la Plateforme, aucun financement n’a été accordé en 2024, tandis qu’un cumul des ressources de 2024 et 2025 aurait été annoncé aux fédérations. En décembre 2025, un engagement aurait été pris pour rendre le FNPC opérationnel en janvier 2026. Le 25 février 2026, le Conseil des ministres aurait instruit le ministre chargé de la Culture de prendre les dispositions nécessaires à la mise en place des organes du Fonds. Le 8 mai 2026, les représentants du secteur culturel au Conseil d’administration ont été désignés, mais la Plateforme affirme qu’aucun retour officiel permettant l’opérationnalisation attendue n’a suivi.
Pour les organisations, la priorité est désormais claire : installer les organes du FNPC, rendre le Fonds effectivement opérationnel et publier un calendrier précis de son fonctionnement.
« Où sont passés les fonds destinés aux artistes ? »
Au-delà de la mise en place du FNPC, les artistes demandent des explications sur les ressources affectées à la culture depuis 2022, notamment pour les années 2023, 2024, 2025 et 2026.
Le dossier de presse évoque une information selon laquelle des ressources prévues pour le secteur culturel auraient été utilisées pour l’embellissement des murs du lycée de Tokoin en 2023. La Plateforme précise qu’il s’agit d’un point nécessitant des explications officielles et ne présente pas cette information comme un fait définitivement établi.
Cette demande de transparence constitue l’un des principaux messages de la mobilisation. Les acteurs souhaitent notamment connaître l’état détaillé des ressources affectées à la culture, comprendre leur utilisation durant les années sans appel à projets et obtenir des précisions sur les ressources annoncées pour 2024 et 2025.
Des revendications qui dépassent le financement
Pour les professionnels, la crise du secteur ne se limite pas au FNPC. La Plateforme met également en avant la nouvelle loi relative au Bureau Togolais du Droit d’Auteur (BUTODRA), la mise en œuvre de la rémunération pour copie privée, le soutien aux espaces culturels et l’adoption d’une véritable politique sectorielle de la musique.
La protection sociale et les conditions de vie des artistes figurent également parmi les préoccupations majeures. Les organisations signalent une précarisation du secteur, le découragement de certains professionnels et des situations de maladie, d’accident ou de pauvreté auxquelles les artistes seraient confrontés sans protection adaptée.
Le dossier de presse réclame ainsi des mesures urgentes en faveur de la santé, de la protection sociale et des conditions de vie des artistes. Il demande également davantage de transparence dans l’accès aux financements, aux événements et aux opportunités publiques.
Eric MC : « Si on dort, on n’aura rien »
Lors de la rencontre avec les médias et les acteurs culturels, Eric MC a pris la parole pour exprimer le ras-le-bol d’une partie du secteur. Son intervention a été marquée par un appel à l’action et par des interrogations sur la gestion des fonds destinés aux artistes.
« Si on dort, on aura rien », a-t-il lancé, appelant les professionnels à se mobiliser pour obtenir des réponses sur les ressources affectées à la culture.
Eric MC a également annoncé la préparation d’une action en direction du ministère de la Culture. Selon les échanges rapportés, les artistes entendent réclamer une répartition équitable des fonds et des mesures concrètes en faveur des professionnels en difficulté.
D’autres intervenants ont appelé à une mobilisation plus ferme. Un paneliste, visiblement remonté, a évoqué la possibilité de marcher sur le ministère de la Culture pour dénoncer ce qu’il considère comme des détournements de fonds culturels. Ces accusations, formulées dans le cadre des échanges, n’ont pas été établies par une décision officielle présentée lors de la rencontre.
Sit-in annoncés pour le début du mois d’octobre
La Plateforme annonce une mobilisation collective en octobre 2026. Elle précise que cette démarche s’inscrit dans plusieurs années de démarches institutionnelles, de propositions et de compromis. L’objectif affiché est d’obtenir des réponses précises, écrites et assorties d’un calendrier.
Les modalités pratiques de la mobilisation — notamment la date précise, le lieu et les conditions d’organisation — doivent être communiquées officiellement après concertation entre les organisations concernées. Le dossier de presse présente cette mobilisation comme pacifique, responsable, non violente et indépendante de toute considération partisane.
Lors de la rencontre, Frédéric GAKPARA, artiste et responsable de centre culturel, a évoqué des sit-in qui pourraient être annoncés au début du mois d’octobre. Les acteurs insistent sur la nécessité de mobiliser leurs différentes bases afin de créer une synergie d’action.
« Des actions concrètes et de la diplomatie »
Si certains artistes réclament une action directe contre le ministère, d’autres insistent sur la nécessité de combiner mobilisation et diplomatie.
L’objectif, selon les échanges, est de maintenir la pression tout en privilégiant des revendications claires et une démarche organisée. Les artistes souhaitent ainsi mobiliser leurs bases, renforcer leur synergie et présenter une plateforme commune de revendications.
La série de questions-réponses qui a clôturé la rencontre a permis aux artistes et aux journalistes de soulever plusieurs préoccupations. Certains participants ont exprimé leur exaspération face aux difficultés du secteur et appelé les responsables à agir ou à laisser la place.
La démission du ministre au cœur des exigences
La Plateforme demande également la démission du ministre chargé de la Culture, au regard de ce qu’elle considère comme une absence de résultats et un non-respect des engagements annoncés.
Cette revendication figure parmi les onze principales exigences présentées dans le dossier de presse. Elle s’ajoute aux demandes relatives au FNPC, au BUTODRA, à la copie privée, aux espaces culturels, à la politique sectorielle de la musique et à la protection sociale.
Dans les échanges, certains intervenants ont adopté un ton particulièrement ferme. « Nous allons marcher sur le ministère de la Culture », a déclaré un paneliste très remonté contre ce qu’il considère comme des détournements de fonds culturels.
D’autres participants ont estimé que le ministre devrait quitter ses fonctions s’il ne parvient pas à répondre aux exigences du secteur. Ces propos relèvent des positions exprimées lors de la rencontre et ne constituent pas, à ce stade, une décision officielle des autorités.
Un appel à l’unité et à la responsabilité
La mobilisation annoncée ne se limite pas à une contestation des autorités. Les organisations souhaitent également renforcer leur unité et leur capacité de représentation.
Dans les échanges, certains intervenants ont estimé que les associations qui refuseraient de participer à la dynamique collective devraient être écartées de la fédération. Cette position traduit la volonté de plusieurs acteurs de parvenir à une organisation plus cohérente, mais elle soulève aussi la question de la diversité des opinions au sein du mouvement.
La Plateforme, de son côté, affirme que sa démarche n’est pas dirigée contre l’État et qu’elle souhaite l’ouverture d’un dialogue institutionnel sérieux avec les organisations représentatives du secteur. Elle demande toutefois que ce dialogue débouche sur des résultats concrets.
Onze exigences sur la table
Les revendications présentées par la Plateforme portent notamment sur :
– la mise en place immédiate des organes du FNPC et son opérationnalisation effective ;
– la publication d’un état détaillé des ressources affectées à la culture depuis 2022 ;
– des explications officielles sur l’utilisation des ressources du Fonds durant les années sans appel à projets ;
– l’adoption rapide de la nouvelle loi relative au BUTODRA ;
– la mise en œuvre de la rémunération pour copie privée ;
– la réouverture et le soutien des espaces culturels ;
– l’adoption d’une politique sectorielle de la musique ;
– la fin du favoritisme dans l’accès aux événements, financements et opportunités de l’État ;
– la recomposition des directions techniques du ministère ;
– la convocation des États généraux de la culture ;
– des mesures urgentes en faveur de la protection sociale, de la santé et des conditions de vie des artistes.
La Plateforme demande également la démission du ministre chargé de la Culture, au regard de ce qu’elle considère comme une absence de résultats et un non-respect des engagements annoncés.
Une mobilisation attendue, des réponses exigées
À travers cette mobilisation, les artistes et acteurs culturels du Togo veulent faire entendre une revendication centrale : pouvoir exercer leur profession dans la dignité, avec des mécanismes de financement transparents, une protection sociale adaptée et un cadre institutionnel fonctionnel.
La Plateforme affirme avoir privilégié le dialogue, les propositions et les compromis. Elle estime désormais que les réponses doivent être précises, écrites et assorties d’un calendrier.
Le mois d’octobre 2026 pourrait ainsi constituer une nouvelle étape dans la restructuration du secteur culturel togolais. Reste à savoir si les autorités répondront aux exigences formulées et si les organisations professionnelles parviendront à maintenir leur unité autour de cette mobilisation.
Yawo KLOUSSE























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