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ROUTE LOMÉ – VOGAN – ANFOIN ET ADJI OTÈTH AYASSOR : COMPRENDRE LES FAITS ET LES ENJEUX D’UNE CONTROVERSE

par | Juil 8, 2026 | Actualités

ROUTE LOMÉ – VOGAN – ANFOIN ET ADJI OTÈTH AYASSOR : COMPRENDRE LES FAITS ET LES ENJEUX D’UNE CONTROVERSE

Le mensonge se lève tôt, mais la vérité finit toujours par le rattraper, voire le dépasser.

Depuis plusieurs années, l’affaire relative à la réhabilitation de la route Lomé – Vogan – Anfoin alimente le débat public au Togo et suscite de nombreuses interrogations. Des accusations de détournement de fonds ont notamment été relayées contre l’ancien ministre de l’Économie et des Finances, Adji Otèth Ayassor.

Face aux nombreuses versions qui circulent, notre rédaction a entrepris un travail d’investigation afin de retracer les faits, d’examiner les mécanismes financiers en jeu et d’apporter à l’opinion publique des éléments de compréhension fondés sur les documents, les témoignages et les informations recueillies auprès des acteurs concernés.

*À l’origine du dossier*

L’affaire trouve son origine dans un appel d’offres portant sur la réhabilitation de plusieurs axes routiers stratégiques du pays, notamment les routes Kouméa – Pya – Soumdina, Tsévié – Tabligbo, Lomé – Vogan – Anfoin et Aného – Tabligbo.

À l’issue de la procédure, l’entreprise CECO BTP a été déclarée adjudicataire du marché relatif à la route Lomé – Vogan – Anfoin pour un montant de 62 milliards de francs CFA.

Les investigations menées par notre rédaction montrent que ce marché reposait sur un mécanisme de préfinancement. Dans ce type de dispositif, l’entreprise chargée des travaux mobilise elle-même les ressources nécessaires à travers un financement bancaire avant d’être remboursée conformément aux modalités prévues par le contrat. L’État ne procède donc pas à un décaissement immédiat correspondant à la totalité du coût du projet.

Pour obtenir ce financement, l’entreprise présente généralement à l’établissement bancaire une garantie de l’État. Cette garantie encadre les modalités futures de remboursement sans pour autant constituer un transfert direct des fonds publics vers l’entreprise. Il s’agit d’un mécanisme couramment utilisé dans le financement des grands projets d’infrastructures.

*Le financement obtenu auprès de la banque*

Les éléments recueillis indiquent que CECO BTP s’est tournée vers Diamond Bank, devenue par la suite NSIA Banque, afin de financer l’exécution des travaux.

Alors que le montant global du marché s’élevait à 62 milliards de francs CFA, la banque n’aurait accepté de financer qu’une enveloppe de 26 milliards de francs CFA. Compte tenu de l’état de dégradation avancée de la route et de l’urgence des travaux, le chantier a néanmoins été lancé sur la base de ce financement partiel.

Selon les informations obtenues, les 26 milliards de francs CFA devaient être décaissés en deux tranches. Une première tranche de 16 milliards devait permettre le démarrage effectif du chantier. Une seconde tranche de 10 milliards ne pouvait être débloquée qu’après vérification d’un taux d’exécution compris entre 30 % et 32 %.

*Des mécanismes de contrôle prévus*

Notre enquête révèle que le projet faisait l’objet d’un dispositif de contrôle impliquant à la fois un cabinet indépendant et les services techniques compétents du ministère chargé des Travaux publics.

Ces structures avaient pour mission de constater l’état réel d’avancement des travaux avant toute autorisation de décaissement supplémentaire.

Les vérifications effectuées auraient conclu que l’entreprise n’avait pas atteint le seuil d’exécution requis pour bénéficier de la seconde tranche de financement. Dans ces conditions, le décaissement des 10 milliards de francs CFA restants n’aurait pas été autorisé.

Les informations recueillies indiquent également que l’établissement bancaire considérait que le niveau d’exécution observé ne justifiait pas entièrement les montants déjà mobilisés dans le cadre de la première tranche.

L’entreprise aurait alors été invitée à poursuivre les travaux conformément à ses obligations contractuelles et aux observations formulées par les organes de contrôle.

*Le chantier interrompu*

Selon les éléments examinés par notre rédaction, CECO BTP aurait par la suite retiré son matériel du chantier et suspendu ses activités, laissant les travaux inachevés.

Cette situation a suscité de nombreuses réactions au sein de l’opinion publique ainsi qu’à l’Assemblée nationale, où plusieurs élus ont demandé des explications au gouvernement.

C’est dans ce contexte qu’un article de presse a évoqué un prétendu détournement de 10 milliards de francs CFA et mis en cause l’ancien ministre de l’Économie et des Finances, Adji Otèth Ayassor.

*Ce que révèlent les faits examinés*

L’analyse des informations recueillies met en évidence une distinction essentielle entre des fonds publics et un financement bancaire privé accordé à l’entreprise adjudicataire.

Les 16 milliards de francs CFA effectivement mobilisés provenaient d’un prêt bancaire consenti à CECO BTP dans le cadre du mécanisme de préfinancement. Quant à la seconde tranche de 10 milliards de francs CFA, les éléments consultés indiquent qu’elle n’a jamais été débloquée, les conditions techniques exigées n’ayant pas été remplies.

Autrement dit, les investigations menées ne mettent pas en évidence le décaissement effectif de cette somme vers l’entreprise. La traçabilité du mécanisme financier apparaît clairement à travers les procédures de contrôle, les conditions de déblocage et l’intervention de l’établissement bancaire.

À la lumière des documents et informations examinés, l’affirmation selon laquelle 10 milliards de francs CFA auraient été détournés se heurte à une question fondamentale : comment détourner une somme qui, selon les éléments disponibles, n’a jamais été décaissée ?

*Le rôle du ministère des Finances*

L’examen du montage financier montre également que le rôle du ministère de l’Économie et des Finances consistait essentiellement à encadrer les garanties accordées par l’État et à définir les modalités de remboursement du financement obtenu par l’entreprise.

La gestion opérationnelle des fonds prêtés relevait de la relation entre la banque et l’entreprise adjudicataire, sous le contrôle des structures techniques chargées du suivi du projet.

Les informations recueillies dans le cadre de cette enquête ne permettent donc pas d’établir l’existence d’un détournement des 10 milliards de francs CFA évoqués dans certaines publications.

*Un parcours marqué par des réformes majeures*

Au-delà de cette controverse, il convient de rappeler qu’Adji Otèth Ayassor, juriste de formation et docteur en droit public, a occupé le poste de ministre de l’Économie et des Finances de 2007 à 2016.

Son passage à la tête du département a notamment été marqué par plusieurs réformes structurantes, parmi lesquelles la création de l’Office Togolais des Recettes, la modernisation des mécanismes de mobilisation des ressources publiques, le renforcement de la coopération avec les partenaires financiers internationaux ainsi que les avancées enregistrées dans le processus d’allègement de la dette extérieure du Togo.

Ces réalisations demeurent des références importantes dans l’évolution de la gouvernance financière du pays.

*Conclusion*

L’affaire de la route Lomé – Vogan – Anfoin met en lumière la complexité des mécanismes de financement des grands projets d’infrastructures et l’importance d’une lecture rigoureuse des faits.

Les investigations menées par notre rédaction font apparaître l’existence de procédures de contrôle, d’un financement bancaire soumis à des conditions précises de décaissement et d’une traçabilité des fonds engagés dans le projet.

Dans un contexte où les accusations peuvent rapidement façonner l’opinion publique, il demeure essentiel de distinguer les faits établis des affirmations non démontrées. Plus que jamais, le débat public doit s’appuyer sur des informations vérifiées, une analyse technique rigoureuse et le respect des principes fondamentaux de l’État de droit, au premier rang desquels figure la présomption d’innocence.

La rédaction

Yawo KLOUSSE

Yawo KLOUSSE

Journaliste, Directeur, Editeur du Site afriquenligne.tg

Journaliste et éditeur passionné par l’actualité africaine, il dirige Afriquenligne.tg avec l’ambition de livrer une information fiable, claire et proche du terrain.

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