ROBERT MENSAH : 55 ANS APRÈS SA MORT TRAGIQUE, LE « YACHINE NOIR » RESTE UNE LÉGENDE DU FOOTBALL AFRICAIN
Devoir de mémoire – 2 novembre 1971 – 2 novembre 2026
Par : AGUIAR AYODÉLÉ VICTORINE
Le football africain se souvient de l’un de ses plus grands gardiens de but. Cinquante-cinq ans après sa disparition tragique, le 2 novembre 1971, Robert Nana Benyin Mensah, légendaire portier ghanéen de l’Asante Kotoko et des Black Stars, continue de marquer l’histoire du sport roi sur le continent. Surnommé le « Yachine noir », cet immense talent a quitté la scène à seulement 32 ans, dans des circonstances particulièrement tragiques, alors qu’il était au sommet de sa carrière.
Robert Mensah, un gardien d’exception
Né en 1939 à Cape Coast, au Ghana, Robert Mensah était marié et père de quatre enfants. Il avait commencé sa carrière footballistique très jeune avec les Mysterious Dwarfs, club qui lui permit de révéler progressivement ses qualités exceptionnelles.
En 1963, il rejoint le Sekondi Independence Club, qui sera dissous en 1965 après la chute du président Kwame Nkrumah. Il retourne alors aux Mysterious Dwarfs, qu’il quitte en 1969 pour rejoindre l’Asante Kotoko de Kumasi. La même année, il devient le gardien titulaire des Black Stars, l’équipe nationale du Ghana, en remplacement du vétéran Naawu.
Doté d’une stature impressionnante de 1,83 m pour 92 kg, Robert Mensah était un véritable rempart devant les buts. Ses grandes mains, ses réflexes extraordinaires, ses détentes impressionnantes, ses placements judicieux et son sang-froid face aux penaltys faisaient de lui un gardien redoutable.
« Big Man, with big hands and big heart » (un grand homme, avec de grandes mains et un grand cœur) : cette expression résumait parfaitement la personnalité de celui qui était considéré comme l’un des meilleurs gardiens africains de son époque.
Son talent lui vaut également le surnom de « Yachine noir », en référence au mythique gardien soviétique Lev Yachine. Une comparaison qui reposait davantage sur ses qualités sportives exceptionnelles que sur sa tenue noire.
Une mort tragique pour avoir voulu séparer deux hommes
Mais le destin de Robert Mensah bascule dans la nuit du samedi 30 octobre 1971, au port de pêche de Tema.
Selon le récit des événements, une altercation éclate dans un kiosque entre deux consommateurs. Robert Mensah, témoin de la scène, décide d’intervenir pour séparer les protagonistes. Après avoir tenté de calmer la situation, il quitte les lieux.
Quelques mètres plus loin, un électricien de 31 ans, identifié sous le nom d’Isaac Kwasi, l’agresse violemment à l’aide de morceaux de bouteilles brisées. Grièvement blessé, le gardien s’écroule dans une mare de sang.
Des témoins accourent et contribuent à son évacuation vers le Tema General Hospital, où il subit une intervention chirurgicale d’urgence. Malgré les soins prodigués, ses blessures sont malheureusement trop graves.
Le mardi 2 novembre 1971, à 2 h 30 du matin, la nouvelle de sa mort se répand dans tout le Ghana. Le pays est plongé dans une profonde consternation. Robert Mensah venait de perdre la vie après avoir simplement voulu porter assistance à des personnes en difficulté.
Le Ghana rend hommage à son héros national
La disparition de Robert Mensah provoque une immense émotion au sein de la population ghanéenne. Le vendredi 5 novembre, sa dépouille est transportée de Kumasi à Accra, puis à Cape Coast, sa ville natale, où il est inhumé.
Le peuple ghanéen lui rend un hommage exceptionnel. Les autorités nationales, notamment le chef de l’État de l’époque, Edward Akufo-Addo, ainsi que l’ancien Premier ministre Kofi Busia, lui rendent les honneurs dignes d’un héros national.
Une souscription nationale est également décrétée en faveur de sa famille. En reconnaissance de son immense contribution au football ghanéen, une statue de bronze est érigée à l’entrée du Kumasi Sports Stadium.
Sur le plan sportif, Robert Mensah laisse un palmarès remarquable. Finaliste de la 7e Coupe d’Afrique des nations disputée à Khartoum en février 1970 avec le Ghana, il contribue également au sacre continental de l’Asante Kotoko, vainqueur de la Coupe d’Afrique des clubs champions le 21 janvier 1971.
Au moment de sa disparition, il s’apprêtait à disputer les demi-finales de cette compétition africaine avec son club, qui devait affronter le Great Olympics d’Accra dans le cadre de son parcours continental.
Sa mort constitue une perte immense pour le football africain. Beaucoup considèrent que le Ghana n’a jamais véritablement retrouvé un gardien capable de lui succéder. Il faudra notamment attendre l’émergence du Camerounais Thomas Nkono, à partir de la fin des années 1970, pour voir apparaître un autre portier africain de dimension internationale comparable.
Tommy Sylvestre, une autre légende des cages africaines
L’évocation de Robert Mensah offre également l’occasion de rappeler le parcours exceptionnel d’un autre gardien de but africain : le Togolais Tommy Geraldo Sylvestre, figure emblématique du football national.
Âgé aujourd’hui de 80 ans, Tommy Sylvestre a joué un rôle déterminant dans la qualification historique du Togo à sa toute première Coupe d’Afrique des nations en 1972.
Lors de la rencontre qualificative face au Ghana, son arrêt magistral sur un penalty à la 110e minute a contribué à ouvrir au football togolais les portes de sa première participation à une phase finale de CAN. Un exploit qui reste gravé dans la mémoire des supporters togolais.
Sociétaire de l’Étoile Filante de Lomé, Tommy Sylvestre s’est construit un palmarès remarquable. Il remporte le championnat du Togo en 1965, 1967 et 1968 avec son club, avant d’atteindre la finale de la Coupe des clubs champions en 1969.
Son parcours le conduit ensuite en Côte d’Ivoire, où il poursuit sa carrière avec succès. En 1976, il remporte la Coupe de Côte d’Ivoire. En 1977, il gagne la Coupe de l’UFOA avec le Stade d’Abidjan, puis renouvelle cette performance en 1981 avec le Stella Club d’Adjamé. Il dispute également les finales de la Coupe de Côte d’Ivoire en 1980 et 1981.
Aujourd’hui retiré des terrains, Tommy Sylvestre continue de mettre son expérience et ses compétences au service des sportifs désireux de bénéficier de son savoir-faire.
Deux gardiens, une même empreinte dans l’histoire du football africain
Robert Mensah et Tommy Sylvestre appartiennent à une génération de gardiens qui ont contribué à écrire les plus belles pages du football africain. L’un a marqué l’histoire du Ghana par son talent exceptionnel et sa disparition tragique ; l’autre a offert au Togo l’une de ses plus grandes satisfactions sportives en participant à la qualification historique des Éperviers pour la CAN 1972.
Cinquante-cinq ans après la disparition de Robert Mensah, son nom demeure associé au courage, à l’excellence et au sacrifice. Sa mort rappelle également qu’un geste de solidarité et d’assistance à autrui peut parfois avoir des conséquences dramatiques.
Le football africain n’a pas oublié son « Yachine noir ». Son histoire mérite d’être transmise aux nouvelles générations, tout comme celle de Tommy Sylvestre et de ces grands gardiens qui ont fait la fierté du continent.























0 commentaires