TOGO : ANALYSE D’ENSELME GOUTHON, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DU COMITÉ DE COORDINATION DES FILIÈRES CAFÉ ET CACAO (CCFCC)
Reportage : Yawo KLOUSSE
afriquenligne.tg
Réunis au sein du Comité de coordination des filières café et cacao (CCFCC) en ce début de campagne 2025-2026, les acteurs nationaux ont été alertés sur un changement profond de la conjoncture internationale. Après deux années de prix exceptionnellement élevés, les marchés du café et du cacao entrent dans une phase de forte volatilité, marquée par un net retournement pour le cacao et une tension persistante pour le café. Une situation qui impose une adaptation rapide des stratégies de mise à marché, notamment pour les producteurs africains.
Après l’euphorie historique de 2024, où les cours du cacao avaient culminé autour de 12 000 dollars la tonne à New York, le marché a connu une correction brutale en 2025. Malgré un dernier pic spéculatif en mai 2025 au-delà de 10 000 dollars, l’amélioration des perspectives de production en Afrique de l’Ouest et en Amérique latine a inversé la tendance. En janvier 2026, le cacao est tombé autour de 4 000 dollars la tonne, soit une chute de plus de 60 %, traduisant le passage d’une pénurie extrême à une anticipation de surplus mondial.
À l’inverse, le marché du café reste structurellement sous tension. Portés par des déficits persistants, des aléas climatiques sévères au Brésil et une forte baisse de la production vietnamienne, les prix du Robusta et de l’Arabica ont conservé une dynamique globalement haussière malgré une volatilité accrue. En janvier 2026, le café se négocie autour de 4 132 dollars la tonne, confirmant la fragilité des équilibres mondiaux et la faiblesse des stocks.
Face à cette conjoncture contrastée, les modèles africains de commercialisation produisent des effets différenciés. Les pays à monopole d’État, comme la Côte d’Ivoire et le Ghana, protègent leurs producteurs par des prix garantis, mais au prix de lourdes contraintes budgétaires lorsque les cours mondiaux chutent. À l’inverse, les pays à filières libéralisées — Cameroun, Nigeria et Togo — répercutent plus directement les fluctuations internationales sur les prix bord champ, exposant davantage les producteurs aux risques de marché.
Au Togo, où la filière est libéralisée depuis 1996, le CCFCC joue un rôle de régulation indicative en publiant des prix de référence représentant 65 à 75 % du prix FOB. Si, en janvier 2026, les prix du cacao restent sous pression, ceux du café demeurent relativement favorables et couvrent encore les coûts de production. Conscient de la fin probable des niveaux de prix exceptionnels, le CCFCC entend renforcer l’information économique et promouvoir des stratégies de mise à marché plus adaptées, conformément aux Plans de développement des filières café et cacao adoptés en octobre 2024.























0 commentaires