L’HONORABLE KAFUI ADJAMAGBO-JOHNSON : DEUX ANS APRÈS L’AGRESSION DU 29 SEPTEMBRE, UNE REDDITION DE COMPTES ENTRE BILAN PARLEMENTAIRE, CONTRÔLE DE L’ACTION GOUVERNEMENTALE ET COMBAT POUR L’ALTERNANCE
afriquenligne.tg
La députée de la Dynamique pour la majorité du peuple (DMP), Kafui Adjamagbo-Johnson, a présenté, ce mardi 29 septembre 2026, une nouvelle reddition de comptes consacrée à son action parlementaire et politique. Devant les journalistes et les citoyens, l’élue a passé en revue ses initiatives depuis le début de l’année, ses interventions dans le cadre du contrôle de l’action gouvernementale, ses positions sur plusieurs projets de loi ainsi que les démarches entreprises auprès d’acteurs nationaux et internationaux sur la situation institutionnelle du Togo.
Pour la parlementaire, cet exercice relève d’une exigence de responsabilité démocratique. « Lorsqu’un citoyen ou une citoyenne est élu député, il ne reçoit pas seulement un titre », a-t-elle déclaré en substance, rappelant que le mandat parlementaire implique notamment de représenter les populations, participer à l’élaboration de la loi, contrôler l’action du Gouvernement et rendre compte aux électeurs.
Cette nouvelle rencontre intervient également à une date symbolique pour la députée. Le 29 septembre marque en effet le deuxième anniversaire de l’agression survenue en 2024 au siège de la Convention démocratique des peuples africains (CDPA), alors qu’une rencontre citoyenne réunissait notamment des responsables de la DMP, le député sénégalais Guy Marius Sagna et des participants ainsi que des journalistes.
Le souvenir de l’agression du 29 septembre 2024
En ouverture de son intervention, Kafui Adjamagbo-Johnson a consacré une partie de son propos à ce qu’elle présente comme un devoir de mémoire.
Selon elle, deux ans après les faits, une enquête aurait été ouverte, mais aucun résultat n’aurait été rendu public malgré plusieurs relances. Elle a également rappelé qu’avec des députés de l’ADDI, elle avait adressé, le 26 janvier 2026, une question orale au Gouvernement concernant les suites données à cette agression.
À ce jour, affirme-t-elle, cette question n’a pas encore reçu de réponse.
L’agression de septembre 2024 avait suscité de nombreuses réactions au Togo et à l’étranger. Des témoignages et images diffusés à l’époque faisaient état de violences contre des participants, de dégradations et de matériel de journalistes emporté ou endommagé.
Pour la députée, la question demeure donc entière : établir les responsabilités et déterminer les mesures prises afin d’éviter que de tels incidents ne se reproduisent.
L’application de l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO au cœur de son action
Le deuxième axe majeur de la reddition de comptes concerne la situation institutionnelle du Togo et l’arrêt rendu le 29 janvier 2026 par la Cour de justice de la CEDEAO sur la réforme constitutionnelle.
Kafui Adjamagbo-Johnson affirme avoir choisi, avec ses collègues, d’utiliser leur mandat parlementaire pour porter le débat auprès de nombreuses institutions africaines et internationales.
Elle cite notamment la CEDEAO, l’Union africaine, les Nations unies, l’Organisation internationale de la Francophonie, le Commonwealth, l’Union européenne, plusieurs représentations diplomatiques ainsi que des institutions parlementaires africaines, européennes et internationales.
La députée explique que cette démarche vise à fournir à ces différents interlocuteurs des éléments juridiques, institutionnels et politiques sur la situation togolaise et à attirer leur attention sur les conséquences qu’elle attribue à la réforme constitutionnelle.
Elle affirme également avoir saisi des institutions financières internationales et des organisations intervenant dans les domaines de la gouvernance, des droits humains et de la société civile.
Dans le même esprit, elle indique avoir adressé au Gouvernement une question d’actualité portant sur les conséquences de l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO et sur les mesures envisagées pour sa mise en œuvre.
Pourquoi les députés de l’opposition continuent-ils de siéger ?
Une partie importante de l’intervention a été consacrée à une question régulièrement posée aux députés de l’opposition : pourquoi continuer à siéger à l’Assemblée nationale après la publication de l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO ?
Kafui Adjamagbo-Johnson rappelle que les élections législatives du 29 avril 2024 avaient attribué 108 sièges au parti UNIR et cinq sièges à l’opposition, dont deux à l’ADDI, un à l’ANC, un à la DMP et un aux FDR.
Elle soutient que le scrutin avait été engagé sous le régime de la Constitution de 1992 et relève que la décision proclamant les résultats définitifs des législatives faisait référence à cette Constitution.
Selon son analyse, la nouvelle Assemblée aurait ensuite été installée sous le régime constitutionnel issu de la réforme de 2024, une orientation que les députés concernés ont contestée.
La parlementaire assume ainsi le choix de continuer à exercer son mandat tout en contestant le cadre institutionnel dans lequel elle affirme agir.
Cette stratégie avait déjà été exposée lors de précédentes redditions de comptes de la députée, où elle expliquait que la présence des élus de la DMP à l’Assemblée devait notamment permettre d’utiliser les mécanismes parlementaires de contrôle de l’action gouvernementale.
« Une démission peut être un acte fort, mais… »
Face aux appels de certains citoyens à la démission des députés de l’opposition, Kafui Adjamagbo-Johnson indique entendre cette demande, sans pour autant considérer que la démission soit nécessairement la meilleure réponse à tous les moments de la lutte politique.
Elle estime que l’efficacité d’une décision politique dépend également de son opportunité et de son calendrier.
Pour elle, tant que le mandat parlementaire permet d’interpeller le Gouvernement, de poser des questions écrites ou orales, d’accéder à certains interlocuteurs institutionnels et de porter les préoccupations des populations, son maintien peut constituer un moyen d’action.
La députée assure toutefois que si, en concertation avec les autres partenaires de l’opposition, la démission devait apparaître comme la décision la plus utile à la poursuite de leurs objectifs, elle pourrait être envisagée.
Les textes examinés et les votes de l’élue
Dans le volet consacré à son travail législatif, Kafui Adjamagbo-Johnson a détaillé plusieurs projets de loi examinés depuis le début de l’année.
Elle cite notamment les textes relatifs à l’orientation agricole, aux aires protégées, à la prolongation de l’état d’urgence, à la liberté d’association et au développement de l’écosystème d’innovation.
Orientation agricole
Sur le projet de loi d’orientation agricole, la députée affirme avoir soulevé des préoccupations concernant notamment l’accès des producteurs aux marchés, la propriété foncière et les conséquences économiques et sociales de certaines mesures d’interdiction de vente.
Elle met en avant la situation des producteurs susceptibles, selon elle, de se retrouver avec des stocks invendus et contraints de vendre leur production à des prix inférieurs à leurs coûts.
Prolongation de l’état d’urgence
Concernant la prolongation de l’état d’urgence, elle explique que son vote contre était notamment motivé par l’absence, selon elle, d’un bilan suffisamment précis permettant d’évaluer l’efficacité du dispositif.
Elle dit avoir demandé davantage d’informations sur les attaques, les victimes, les déplacés et les conséquences économiques et sociales de plusieurs années d’état d’urgence dans les Savanes.
Les aires protégées
Pour le projet de loi relatif aux aires protégées, la députée affirme que son opposition ne concernait pas le principe de protection de l’environnement.
Elle explique plutôt avoir insisté sur les conséquences possibles pour les populations riveraines, notamment en matière d’expropriation, d’indemnisation et de relogement.
La liberté d’association
Sur le texte relatif à la liberté d’association, elle affirme avoir travaillé avec des organisations concernées par la gestion des aires protégées et plus largement avec des acteurs de la société civile.
Selon elle, les préoccupations exprimées concernaient directement l’espace civique, les libertés publiques et la capacité des citoyens à s’organiser.
L’écosystème d’innovation
La députée revient également sur le projet de loi relatif au développement de l’écosystème d’innovation au Togo.
Elle affirme avoir identifié, avec différents acteurs du secteur, des insuffisances dans le texte initial et avoir porté le débat sur la place publique afin d’obtenir des modifications.
Selon son récit, le Gouvernement aurait finalement retiré le projet initial pour proposer une nouvelle version, même si le processus législatif n’aurait pas abouti à son adoption en plénière.
Une série d’interpellations adressées au Gouvernement
Au-delà des lois, la reddition de comptes met en évidence le recours de la députée aux mécanismes de contrôle parlementaire.
Parmi les dossiers cités figurent l’association dénommée « Les Sentinelles du peuple », le dossier de Laté-Kopé, la situation des détenus politiques, le projet d’amélioration de la sécurité hydrique en milieu urbain (PASH-MUT), la sortie publique de personnes se présentant comme des « corps habillés à la retraite », la hausse du prix du carburant et les suites de l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO.
Les « Sentinelles du peuple »
Le 26 janvier 2026, selon la députée, une question orale avec débat a été introduite concernant cette association.
Elle dit avoir demandé au Gouvernement de clarifier son existence légale, ses objectifs, ses activités, ses moyens et son financement, ainsi que ses éventuels rapports avec les forces de défense et de sécurité.
La question, explique-t-elle, était liée à la nécessité de préserver la distinction entre les institutions républicaines chargées de la sécurité et les organisations privées.
Le dossier Laté-Kopé
La députée a également évoqué le dossier de Laté-Kopé, qu’elle affirme avoir porté à la connaissance du public après avoir pris connaissance d’informations sur les conséquences du projet pour certaines populations.
Elle affirme avoir demandé des éclaircissements sur les études d’impact environnemental et social et sur les conditions dans lesquelles les projets d’aménagement sont conduits.
Les détenus politiques
Le 22 avril 2026, elle indique avoir interpellé le Gouvernement sur la situation de personnes qu’elle qualifie de détenus politiques.
Sa démarche aurait notamment porté sur leurs conditions de détention, l’accès aux soins, le droit à la défense, les visites ainsi que l’exécution de décisions judiciaires ordonnant, selon elle, certaines libérations.
Le PASH-MUT et l’accès à l’eau
Le 16 juin 2026, la parlementaire affirme avoir adressé une question écrite concernant le Projet d’amélioration de la sécurité hydrique en milieu urbain.
Elle dit avoir demandé des explications sur l’état d’exécution du projet, le financement, les décaissements, les difficultés rencontrées et les mesures envisagées pour améliorer l’accès à l’eau potable.
La question des anciens militaires
Une autre question orale concerne une vidéo mettant en scène des personnes se présentant comme des « corps habillés à la retraite » et exprimant publiquement leur soutien à Faure Gnassingbé.
La députée dit avoir demandé des clarifications sur cette situation et sur la nécessité de préserver la neutralité républicaine des forces de défense et de sécurité. Cette démarche avait également été rendue publique en juin 2026.
Le prix du carburant
À la suite de l’augmentation des prix des produits pétroliers entrée en vigueur le 11 septembre 2026, Kafui Adjamagbo-Johnson affirme avoir, avec son collègue de l’ADDI, interpellé le Gouvernement sur les raisons de cette hausse et ses conséquences.
Les députés auraient notamment demandé des explications sur le mécanisme de fixation des prix, le niveau des taxes et subventions et les mesures prévues pour limiter l’impact de la hausse sur les transports, les activités économiques et le coût de la vie.
La lutte contre la corruption et la gestion des ressources publiques
La parlementaire affirme également avoir demandé la transmission d’un rapport de la Banque mondiale consacré à la lutte contre la corruption.
Elle rappelle avoir interpellé le Gouvernement après la diffusion sur les réseaux sociaux d’informations faisant état de sommes importantes qui auraient été déposées sur des comptes liés à des responsables de l’Office togolais des recettes.
Prudente sur la nature de ces informations, elle estime que le Parlement doit demander au Gouvernement de clarifier ce qui est établi, ce qui ne l’est pas encore, les vérifications effectuées et les mesures prises.
Pour elle, les questions de corruption et de gestion des ressources publiques sont directement liées à la capacité de l’État à financer les services essentiels tels que l’eau, la santé, l’éducation, les routes et l’emploi.
Des questions parlementaires restées sans réponse
Un autre point central de la reddition de comptes concerne les réponses attendues du Gouvernement.
Kafui Adjamagbo-Johnson affirme que plusieurs questions adressées au Gouvernement n’ont toujours pas reçu de réponse.
Elle considère que cette situation affaiblit le mécanisme de contrôle parlementaire et limite la capacité des élus à rendre compte aux citoyens.
La députée appelle donc les autorités à répondre aux questions portant notamment sur l’agression du 29 septembre 2024, l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO et la récente hausse du prix du carburant.
Des entraves aux activités parlementaires sur le terrain
Kafui Adjamagbo-Johnson a également évoqué les difficultés rencontrées lors de certaines activités de reddition de comptes.
Elle rappelle notamment les incidents survenus lors de déplacements dans les Savanes et à Kara, déjà évoqués publiquement dans le cadre d’une mission parlementaire empêchée. Selon des informations publiées en mars 2026, la délégation de la DMP avait dénoncé des obstacles administratifs et sécuritaires lors de cette tournée.
Elle affirme également qu’un important dispositif policier et de gendarmerie avait été observé lors d’une activité au Centre communautaire de Tokoin le 31 janvier 2026.
Pour la députée, ces difficultés posent la question de la possibilité pour les parlementaires d’exercer pleinement leur mission de proximité et de rendre compte aux populations.
Les populations sinistrées au centre d’une autre initiative
La députée a par ailleurs rendu compte d’une sortie effectuée avec d’autres élus de la DMP dans plusieurs zones touchées par les inondations.
Cette visite, réalisée le 5 juillet 2026 dans le Grand Lomé et certaines localités de la région Maritime, avait pour objectif, selon elle, d’apprécier les causes et les conséquences des inondations ainsi que les mesures prises par les autorités.
Les élus auraient constaté des problèmes liés au drainage, à l’entretien des infrastructures, aux exutoires et à l’urbanisation.
Kafui Adjamagbo-Johnson estime que les inondations récurrentes doivent être abordées non seulement comme une urgence humanitaire, mais aussi comme une question de gouvernance et de planification urbaine.
Une démarche parlementaire portée également à l’international
La députée a enfin évoqué sa participation à la 51e session de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie à Yaoundé, au Cameroun, du 7 au 12 juillet 2026.
Elle affirme avoir profité de cette rencontre pour transmettre à des parlementaires des documents portant sur la situation politique, institutionnelle et sécuritaire du Togo.
Parmi les documents cités figurent notamment l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO du 29 janvier 2026, ainsi que des documents relatifs à la situation institutionnelle du pays.
L’objectif, selon elle, était de permettre aux parlementaires étrangers de disposer d’informations qu’elle présente comme documentées et vérifiables sur la situation togolaise.
Un appel à la mobilisation citoyenne
En conclusion de sa reddition de comptes, Kafui Adjamagbo-Johnson a appelé les citoyens à rester mobilisés autour des initiatives portées par les acteurs de l’opposition.
Elle estime que l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO constitue une occasion pour poursuivre le débat sur l’avenir institutionnel du pays et appelle à son application.
La députée a également annoncé la tenue, le dimanche 4 octobre 2026, d’une rencontre consacrée au thème « Devoir de mémoire, devoir d’engagement », organisée autour de la mémoire des événements du 5 octobre 1990.
Elle invite les Togolais à tirer des enseignements de l’histoire politique du pays et à poursuivre, selon ses propres termes, la mobilisation en faveur de l’alternance.
Cette nouvelle reddition de comptes s’inscrit ainsi dans la continuité d’un exercice que la parlementaire avait déjà entrepris en 2025 et début 2026. Lors de sa précédente présentation, elle avait également mis en avant le contrôle parlementaire, les questions adressées au Gouvernement et son choix de rester au sein de l’Assemblée nationale tout en contestant le nouvel ordre constitutionnel.
Au terme de son intervention, Kafui Adjamagbo-Johnson a réaffirmé que son mandat parlementaire devait servir à porter les préoccupations des citoyens, à demander des comptes au Gouvernement et à défendre les libertés publiques. Son intervention du 29 septembre apparaît ainsi comme un double exercice : rendre compte du travail accompli au Parlement et réaffirmer les orientations politiques de la DMP dans le contexte institutionnel actuel du Togo.
Yawo KLOUSSE




















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