TOGO – JEAN-CLAUDE GIANADDA, ARTISTE-PENSEUR DE LA FRATERNITÉ
Par Roger la Joie de la Croix Folikoué
Lorsque j’ai découvert le programme de la cinquième tournée togolaise de Jean-Claude Gianadda, allant d’Aného (Adjido) à Lomé (Institut Saint-Paul), en passant par Tsévié, Ségbé, Avépozo, Agoè-Athiémé, Djagblé, Kpalimé, Zossimé et Hédzranawoé, une question s’est imposée à moi avec force :
où l’octogénaire puise-t-il cette énergie, cette constance et cette dynamique, après une année marquée par des épreuves de santé ?
Je ne lui ai pas posé la question. Je ne l’ai pas non plus adressée au père Grégoire Akakpo, ce
« Jean-Baptiste togolais », avec qui j’ai pourtant échangé au téléphone le 16 janvier 2026, au lendemain de leur passage à Radio Maria, aux côtés de Christian Barrigah, véritable métronome journalistique de la tournée.
J’ai préféré risquer une interprétation, en scrutant les traces laissées par l’artiste Jean-Claude Gianadda.
Car Gianadda n’est pas seulement chanteur ou compositeur. Il est un artiste-penseur. Ses œuvres portent une empreinte profonde où sons, mélodies et tonalités touchent la sensibilité, éveillent l’affectivité et élèvent l’esprit. Ses textes, d’une simplicité désarmante, sont pourtant d’une densité spirituelle et philosophique rare.
Ils parlent à la raison autant qu’au cœur.
« J’ai puisé dans tes yeux ce chant, cette lumière
Qui ressemblait un peu au feu de ta prière…
On ne voit le bonheur qu’avec le cœur,
On n’apprend le bonheur qu’avec le cœur. »
Cette intuition rejoint avec justesse la pensée d’ Antoine de Saint-Exupéry : le cœur est l’organe véritable de la connaissance du bonheur.
Dès lors, une évidence s’impose : la force de Gianadda naît de la relation.
Relation à l’Autre, Dieu — Alpha et Oméga, Acte pur, Raison suffisante — mais aussi relation à l’autre, aux autres, dans toutes les dimensions de l’altérité humaine.
Cette altérité verticale et horizontale n’est-elle pas le véritable remède qui soigne son être intérieur et le maintient vivant, malgré le poids des années ?
À travers la mission artistique de Jean-Claude Gianadda, se vérifie la parabole évangélique de la Vigne et des sarments :
« Hors de moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15).
Dans un monde hyperconnecté, cette parole prend une résonance nouvelle : nous sommes reliés à l’Être transcendant par un “wifi” existentiel, antérieur à toute technologie, mais tout aussi vital.
Gianadda le proclame lui-même dans ses Magnificat : chaque être humain est enfant de Dieu, invité à découvrir Celui qui demeure au plus intime de lui-même (Interior intimo meo, saint Augustin).
Dieu est ainsi la source de sa force, comme il le chante dans Toute ma force – In manus tuas Domine.
Ses voyages deviennent alors une lecture vivante de la “Grande Bible du monde” :
louange, contemplation de Dieu à travers la nature, mais aussi à travers les peuples, les cultures, les visages.
L’univers devient temple, selon l’intuition de Teilhard de Chardin.
Cette théologie incarnée trouve une expression bouleversante dans Visages à portes ouvertes :
« Vous êtes le jardin où j’ai rencontré Dieu…
Vous êtes le chemin où j’ai rencontré Dieu…
Vous êtes un bout de pain pour me nourrir de Dieu. »
Le jardin, le chemin, le pain : symboles puissants d’une anthropologie spirituelle où chaque personne devient lieu de rencontre avec le divin. Quelle richesse théologique ! Quel outil pastoral d’une rare justesse !
Être “un bout de pain” pour l’autre, c’est actualiser ce chant toujours actuel :
« Le pain qui nous appelle au fraternel », où le partage devient chemin vers la Vie.
Jean-Claude Gianadda est ainsi missionnaire de la fraternité universelle, une fraternité qui dépasse les frontières religieuses pour rejoindre l’humanité commune, telle que l’appelle le pape François dans Fratelli Tutti.
Il fait du pluralisme religieux non une posture, mais une exigence spirituelle, une confession de l’Unique Dieu, Père de tous. À ce titre, son œuvre dialogue naturellement avec l’Afrique, son hospitalité, sa sagesse et son regard prophétique.
« J’ai découvert l’Afrique…
Ce moment magique où tu m’as adopté.
Et nous avons échangé nos chansons d’amitié. »
Du Bénin au Togo, de Lomé à Kara, de Kpalimé à Atakpamé, jusqu’à Madagascar, Gianadda a dansé avec l’Afrique, mémorisant ses sourires, ses voix et ses rythmes. Il peut affirmer sans artifice :
« On s’est apprivoisé ».
À l’opposé des explorateurs du XIXᵉ siècle, venus préparer domination et négation de l’autre, Gianadda est l’explorateur des XXᵉ et XXIᵉ siècles, bâtisseur de ponts entre les hommes, fondés sur la reconnaissance d’une égale dignité humaine.
Si Emmanuel Levinas est le philosophe du Visage, Jean-Claude Gianadda en est le chantre artistique :
chaque visage devient un lieu théologique, un espace du dévoilement, un Thabor, appelant respect, responsabilité et dignité.
Et puisque chaque visage est aussi une voix, élevons nos regards vers Marie, l’icône de l’humanité offerte.
Bonne tournée à toi, Jean-Claude Gianadda,
Or vivant de l’humanité.
Roger la Joie de la Croix FOLIKOUÉ
Lomé, samedi 17 janvier 2026























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