SOULÈVEMENT DU 19 AOÛT 2017 : LES STIGMATES TOUJOURS VISIBLES, HUIT ANS APRÈS
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Huit années se sont écoulées depuis ce 19 août 2017, date gravée dans la mémoire collective togolaise comme le point de départ d’un vaste soulèvement populaire contre le régime de Faure Essozimna Gnassingbé. Ce jour-là, une voix a émergé avec force : celle de Tikpi Atchadam, leader du Parti National Panafricain (PNP), qui allait incarner, durant plusieurs mois, l’espoir d’un changement profond dans le paysage politique togolais.
L’épicentre de cette révolte fut Sokodé, bastion du PNP, qui s’est embrasé avant que la flamme ne gagne tout le pays, puis la diaspora. Dans plusieurs capitales du monde, des Togolais se sont levés, bravant la peur pour réclamer l’alternance. À l’époque, j’étais journaliste-reporter au journal La Croix du Sud. J’ai vu de mes propres yeux les foules, les larmes, les chants, mais aussi la répression. J’ai écouté les voix de ceux qui espéraient encore, et celles de ceux qui souffraient déjà.
Chaque année, à l’occasion de l’anniversaire de ce soulèvement, notre rédaction s’attèle à entretenir cette mémoire, à faire vivre les histoires individuelles qui incarnent les drames de cette période, et à rappeler que les blessures du 19 août ne sont pas refermées.
Il faut rappeler qu’au plus fort de la mobilisation, Tikpi Atchadam avait lancé un appel à l’unité, tendant la main à Jean-Pierre Fabre, figure historique de l’opposition. Cet appel a donné naissance à la Coalition des 14 partis de l’opposition (C14), qui a su galvaniser les foules et redonner à la contestation une nouvelle vigueur. Des dizaines de milliers de Togolais ont ainsi battu le pavé, dans une détermination pacifique mais farouche.
Cette année, nous avons choisi de braquer les projecteurs sur une famille emblématique de Sokodé : les OURO GAFFO. Connus pour leur engagement indéfectible, ils incarnent le prix payé par de nombreuses familles dans cette lutte pour la démocratie.
OURO GAFFO Idrissou, patriarche respecté, et son fils Moutawakilou ne manquaient aucune manifestation. Mais le 26 janvier 2019, tout a basculé. Selon plusieurs témoignages concordants, les forces de l’ordre, accompagnées de miliciens pro-régime, ont pris pour cible des manifestants pourtant pacifiques. Idrissou a été grièvement blessé par balle. Quant à son fils, OURO GAFFO Moutawakilou – alors chargé de la mobilisation des jeunes pour le PNP – il a échappé de justesse à une arrestation arbitraire. Contraint à l’exil, il vit depuis loin de sa terre natale, sans espoir de retour en toute sécurité.
Ce cas, parmi tant d’autres, illustre la violence ciblée exercée contre les figures actives du mouvement, et notamment ceux qui structuraient la base militante. Le rôle de Moutawakilou dans l’organisation des jeunes n’a fait qu’accentuer l’acharnement dont il a été victime.
Aujourd’hui encore, alors que le pouvoir tente de projeter une image de stabilité, les stigmates sont toujours là. À Lomé, des corps de manifestants continuent d’être repêchés dans la lagune de Bè, rappel glaçant que les violences politiques ne relèvent pas du passé.
Huit ans après, le Togo peine à panser ses plaies. Tant que les exilés ne pourront revenir, tant que les détenus politiques ne seront pas libérés, tant qu’aucune justice ne sera rendue aux victimes, le pays restera figé dans une mémoire douloureuse.
Le PNP, avec sa devise « Conscience, Intégrité, Développement », avait su susciter une espérance. Cette espérance brûle encore, fragile mais persistante, dans le cœur de celles et ceux qui refusent l’oubli.
Yawo KLOUSSE





















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