Francis Pedro AMUZUN, TÉMOIN VIVANT DE LA LUTTE POUR L’INDÉPENDANCE, HONORE LA MÉMOIRE DE SON PÈRE
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Entretien exclusif réalisé par Yawo KLOUSSE avec le Doyen Francis Pedro AMUZU
En marge des célébrations nationales, notre rédaction a tendu le micro au doyen confrère Francis Pedro AMUZUN, aperçu ce matin arborant fièrement une décoration historique sur sa poitrine. Un entretien émouvant au cours duquel il a livré de précieuses révélations sur son héritage familial et le combat pour l’indépendance du Togo.
Avec une éloquence empreinte d’émotion, Francis Pedro AMUZUN explique que la décoration qu’il porte est issue du décret 62-68 du 24 avril 1962, honorant ceux qui ont œuvré pour l’indépendance nationale. Cette médaille appartenait à son défunt père, Grégoire Messan AMUZUN, ancien chef du village d’Agbetiko (région du Mono) et secrétaire de la section CUT (Comité de l’Unité Togolaise) dans la circonscription d’Aného.
« Ce décret a établi la liste des véritables artisans de l’indépendance. Mon feu père en faisait partie », témoigne-t-il. Hier, lors d’un conseil de famille, ses frères et sœurs lui ont confié la charge de porter cette décoration en hommage à leur géniteur et à ses compagnons de lutte. En symbole, les autres membres de la famille afficheront l’image de cette médaille comme photo de profil sur WhatsApp.
Un combat vécu dès l’enfance
Francis Pedro AMUZUN n’a pas seulement hérité du récit ; il a vécu lui-même une partie de cette lutte. « Pour voir notre père, il fallait se rendre à la prison civile de Lomé », se souvient-il avec émotion. Son père, arrêté à maintes reprises par l’administration coloniale française, a passé de nombreuses années derrière les barreaux, non pour des délits de droit commun, mais pour son engagement en faveur de l’indépendance.
Détenu d’abord dans un cachot exigu à la gendarmerie d’Aného, Grégoire Messan AMUZUN a ensuite été isolé pendant trois mois dans l’obscurité, ne recevant pour seule nourriture que du gari à l’huile rouge. Malgré ces conditions inhumaines, il n’a jamais fléchi dans sa détermination.
Souffrances et tortures post-indépendance
Après le coup d’État militaire, les souffrances se sont poursuivies. Le comité insurrectionnel, dirigé par le colonel Koffi KONGO, ordonna des représailles contre les anciens militants politiques. Francis Pedro AMUZUN raconte avec peine comment son père, arrêté une nouvelle fois, fut violemment battu à Aného, au point de se faire briser trois côtes. Transporté in extremis à l’hôpital d’Afagnan sous une pluie battante, il fut sauvé de justesse.
Malgré ces épreuves, Grégoire Messan AMUZUN survivra encore de nombreuses années avant de s’éteindre paisiblement à l’âge de 97 ans, le 21 octobre 2004.
« Nous n’oublierons jamais », conclut Francis Pedro AMUZUN, la voix nouée par l’émotion, rappelant que le sang, les larmes et les sacrifices de cette génération doivent rester gravés dans la mémoire collective.























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