RÉCÉPISSÉ : N° 0106/HAAC/01-2024/PL/P

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LIBERTÉ DE LA PRESSE AU TOGO : LE PPT ALERTE SUR DES RESTRICTIONS PERSISTANTES MALGRÉ UNE LÉGÈRE AMÉLIORATION

LIBERTÉ DE LA PRESSE AU TOGO : LE PPT ALERTE SUR DES RESTRICTIONS PERSISTANTES MALGRÉ UNE LÉGÈRE AMÉLIORATION

afriquenligne.tg

Le Patronat de la Presse Togolaise (PPT) a présenté, ce mardi 13 mai 2026 à Marguo City à Soviépé dans le Golfe 5, son Baromètre 2025 de la liberté de la presse au Togo. À travers ce document de référence, l’organisation patronale des médias dresse un tableau contrasté de la situation de la presse togolaise : une amélioration relative sur certains indicateurs, mais des menaces et pressions toujours présentes contre les journalistes et les organes de presse.

Selon le PPT, si l’année 2021 demeure « l’année la plus sombre de l’ère démocratique » pour la presse togolaise, la période allant de 2023 au premier semestre 2026 montre néanmoins quelques avancées. Le rapport relève notamment l’absence de suspension de journaux, de retrait de récépissés ou encore d’affaires d’espionnage de journalistes via des logiciels comme Pegasus.

Mais derrière cette apparente embellie, les professionnels des médias continuent d’évoluer dans un environnement marqué par les intimidations, les menaces, les agressions et les interpellations. Le PPT souligne que cette situation pousse plusieurs rédactions, particulièrement les médias critiques, à pratiquer l’autocensure afin d’éviter des représailles.

Le document rappelle plusieurs incidents survenus entre 2024 et 2026. Parmi eux figurent les menaces de mort visant Roger Amemavoh du média « Capture Média », les interpellations de journalistes couvrant des manifestations politiques, la suspension de RFI et France 24 par la HAAC, ou encore les agressions subies par plusieurs journalistes au siège de la CDPA en septembre 2024.

Le rapport cite également le cas des journalistes Loïc Lawson et Anani Sossou, placés sous mandat de dépôt en août 2024 pour des faits de diffamation après des publications sur les réseaux sociaux, ainsi que l’affaire du journaliste français Thomas Dietrich arrêté puis expulsé du Togo.

Pour le PPT, ces événements traduisent un climat « sous tension » dans lequel exercer le métier de journaliste devient de plus en plus difficile. L’organisation estime que « couvrir l’actualité critique revient à naviguer dans un espace d’incertitude où l’information peut coûter cher ».

Plaidoyer pour la dépénalisation effective des délits de presse

Au cœur de la conférence de presse, le PPT a lancé un plaidoyer vigoureux pour l’abrogation des peines privatives de liberté prévues dans le futur Code de la presse en préparation. L’organisation rappelle que plusieurs journalistes togolais ont déjà connu la prison ces dernières années, notamment Ferdinand Ayité, Joël Egah, Anani Sossou, Loïc Lawson ou encore Apollinaire Mewemenessé.

Le Patronat de la Presse Togolaise insiste sur le fait que les infractions reprochées aux journalistes dans l’exercice de leur profession doivent être appréciées exclusivement à travers le Code de la presse et non le Code pénal. Selon le PPT, l’utilisation du Code pénal contre les journalistes critiques constitue une menace sérieuse pour la liberté d’expression et favorise un retour inquiétant de l’autocensure.

Le document revient également sur les engagements pris par les autorités togolaises lors de l’adoption du Code pénal en 2015. À l’époque, plusieurs responsables politiques avaient assuré que l’article 497 relatif aux publications d’informations fausses par voie électronique ne serait pas utilisé contre les journalistes.

Le PPT s’interroge aujourd’hui sur le changement de position observé depuis 2021 et estime que les arrestations rapides de journalistes critiques « jettent du discrédit sur la gouvernance » du pays.

Réseaux sociaux, lourdes amendes et inquiétudes sur le futur code

Le Patronat de la Presse Togolaise critique également plusieurs dispositions du Code de la presse de 2020, notamment celles excluant les réseaux sociaux de son champ d’application. Le PPT considère qu’à l’ère du numérique, les réseaux sociaux sont devenus des outils incontournables du travail journalistique et des prolongements naturels des médias traditionnels.

L’organisation dénonce par ailleurs les lourdes amendes prévues dans le nouveau texte en gestation, pouvant atteindre plusieurs millions de francs CFA. Pour le PPT, ces sanctions financières risquent d’asphyxier économiquement les médias privés togolais déjà fragilisés.

Un appel à la mobilisation générale

Face à cette situation, le PPT appelle à une mobilisation générale des professionnels des médias, des organisations de presse et des acteurs du secteur afin d’obtenir :

l’abrogation de certaines dispositions du Code de la presse relatives aux réseaux sociaux ;

l’allègement des lourdes peines d’amende ;

l’adoption des textes permettant la détaxation des intrants et matériels de production médiatique.

Le Patronat de la Presse Togolaise estime que seul un assainissement du cadre légal permettra de garantir l’émergence d’une presse véritablement libre et responsable au Togo. Tout en réaffirmant qu’« il n’y a pas de liberté sans responsabilité », le PPT a invité les journalistes togolais à davantage de professionnalisme et d’autocritique dans l’exercice de leur métier.

Yawo KLOUSSE

Pièce jointe : l’intégralité du baromètre 👇🏽👇🏽👇🏽

BAROMÈTRE DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE AU TOGO 2025

Conférence de presse du Patronat de la Presse Togolaise (PPT)

Consacrée à :

Publication du Baromètre de la liberté de presse au Togo 2025

Plaidoyer pour l’abrogation des peines privatives de liberté dans le code de la presse (en gestation)

Date : 13 mai 2026
Lieu : Marguo City – Soviépé, Golfe 5
Près de la Direction de la Culture

BAROMÈTRE DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE AU TOGO 2025

Si 2021 reste l’année la plus sombre de l’ère démocratique pour la liberté de la presse au Togo, la période 2023-2025 ainsi que le premier semestre 2026 marquent une légère amélioration. Toutefois, les restrictions, elles, n’ont pas disparu.

Certes, sur cette période, on ne relève ni suspension de parutions, ni retrait de récépissé, ni cas d’espionnage de journalistes via des logiciels comme Pegasus. Néanmoins, les interpellations, les agressions, les menaces et intimidations demeurent fréquentes. Face à ce climat, de nombreux médias, surtout les plus critiques, continuent de pratiquer l’autocensure.

Dans son classement 2026, Reporters sans frontières fait passer le Togo de la 121e place mondiale en 2025 à la 97e en 2026. Ce progrès pourrait être interprété comme un bond remarquable, mais à y regarder de près, il ressemble plutôt à l’arbre qui cache la forêt. Car les pressions ont changé de forme, sans pour autant s’éteindre.

ÉTAT DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE AU TOGO

(Mars 2023 – Novembre 2025)

La liberté de la presse, fille de la liberté d’opinion et d’expression reconnue par la Déclaration universelle des droits de l’homme (article 19) et consacrée par la Constitution du 6 mai 2024 du Togo, notamment à l’article 5 de son annexe, est un droit fondamental qu’il est préjudiciable de restreindre.

Malheureusement, les années 2024-2025, ainsi que le premier semestre 2026, ont été marquées par des événements et décisions qui mettent à mal l’exercice du métier de journaliste au Togo.

EN VOICI LE RAPPEL :

Février 2026

Roger AMEMAVOH, promoteur du média en ligne « Capture Média », a été victime de menaces de mort et d’intimidations d’individus non identifiés après la publication d’un reportage sur un litige foncier à Latékopé (Commune Agoè-Nyivé 6).

Novembre 2025

Les journalistes Edem GADEGBEKU, Anani GALLEY et Robert DOUTI, tous membres de TRP-Truth Reporting Post, ont été la cible d’incidents préoccupants illustrant les défis sécuritaires pour la presse au Togo.

Juillet 2025

Pour un article jugé diffamatoire, l’ancien ministre de la Justice, Mipamb Nahm-Tchougli, a porté plainte contre le bimensuel TAMPA EXPRESS. Le Directeur de la Publication, Dr Francisco Napo-Koura, a été convoqué devant l’instance de régulation le 8 août 2025.

À noter qu’entre mars et août 2023, le même journal avait déjà été visé par deux plaintes : le PDG de Togo Terminal, M. Charles Gafan, et le ministre Gilbert Bawara avaient porté plainte contre TAMPA EXPRESS. Le premier plaignant réclamait 30 millions FCFA pour réparation des dommages liés à la diffamation.

Les deux affaires sont restées sans jugement : l’une en attente de caution depuis avril 2023, l’autre sans suite judiciaire malgré un procès-verbal signé en janvier 2024.

Juin 2025

Flore MONTEAU, journaliste de TV5Monde, a été interpellée à Lomé alors qu’elle couvrait des manifestations politiques. Malgré sa carte de presse et son accréditation de la HAAC, les forces de l’ordre ont confisqué son matériel et exigé la suppression des images.

Elle a été conduite au commissariat de Djidjolé et contrainte de supprimer les images avant restitution de son équipement.

Juin 2025

Radio France Internationale et France 24 ont été suspendus par la HAAC, qui les accuse d’avoir diffusé des contenus « inexacts et biaisés ».

Avril 2025

Albert AGBEKO, Directeur de publication du média en ligne TogoScoop, a été interpellé à Tsévié par la police sur appel de la CENI alors qu’il couvrait la révision des listes électorales. Il a été accusé d’avoir pris des photos et forcé de les supprimer, y compris celles présentes dans la corbeille de son appareil-photo.

Janvier 2025

Isidore AKOLLOR, Directeur de publication de l’hebdomadaire Actu Express, a été condamné à une amende d’un million FCFA à la suite d’une plainte pour diffamation déposée en 2023 par Beby Amorin.

Le journal estime pourtant avoir effectué les recoupements nécessaires, rencontrant à trois reprises l’intéressé et exploitant un mémo remis par celui-ci afin d’équilibrer l’information.

Jérôme Sossou, Directeur de l’hebdomadaire Triangle des Enjeux, est également cité dans ce dossier. Le verdict était attendu dans les jours suivants.

Novembre 2024

Le trihebdomadaire Liberté a de nouveau fait l’objet d’un redressement fiscal d’un montant de 5 025 937 FCFA, portant le total des redressements à 9 357 816 FCFA.

En juin 2023, le journal avait déjà subi un premier redressement fiscal de 4 331 879 FCFA.

Octobre 2024

À Dapaong, le préfet Yendoukoua Douti Tchimbiandja a ordonné l’arrêt immédiat d’une émission en cours sur la radio Courtoisie FM, empiétant ainsi sur les prérogatives de la HAAC.

Cette intervention rappelle un précédent survenu en 2022, lorsque le même préfet avait fait intervenir les forces de l’ordre pour empêcher la diffusion d’une émission consacrée à une grève des enseignants.

Septembre 2024

Au siège de la CDPA à Lomé, les journalistes Godfrey AKPA, Hyacinthe GBLOEDJRO, Yawo KLOUSSE, Romuald Koffi LANSOU, Albert AGBEKO et Yvette SOSSOU, ainsi que plusieurs personnalités politiques, ont subi l’agression d’une milice infiltrée parmi les participants.

Certains journalistes ont été grièvement blessés et dépouillés de leur matériel de travail. Les victimes ont dû fuir pour sauver leur vie.

Août 2024

Les journalistes togolais Loïc LAWSON et Anani SOSSOU ont été mis en examen et écroués à la prison civile de Lomé pour « diffamation », après avoir publié sur les réseaux sociaux qu’un ministre s’était fait voler une importante somme d’argent à son domicile.

Avril 2024

Le journaliste français Thomas DIETRICH, en reportage au Togo pour le média Afrique XXI, a été arrêté et brutalisé par des forces de défense et de sécurité avant d’être condamné à six mois de prison avec sursis puis expulsé du territoire togolais.

Ce tableau d’ensemble dépeint un journalisme sous tension au Togo, où violences et violations restent monnaie courante. Il révèle une pratique du métier marquée par les pressions directes et l’autocensure.

Pour de nombreuses rédactions, couvrir l’actualité critique revient à évoluer dans un climat d’incertitude où informer peut coûter cher et exposer à de graves préjudices.

PLAIDOYER POUR L’ABROGATION DES PEINES PRIVATIVES DE LIBERTÉ DANS LE CODE DE LA PRESSE

« Mobilisation générale pour la défense de la liberté de la presse au Togo »

Après les détentions de Ferdinand AYITÉ, Joël EGAH, Anani SOSSOU, Loïc LAWSON et Apollinaire MEWEMENESSÉ, il devient urgent que les professionnels des médias se mobilisent pour défendre la liberté de la presse au Togo.

Le Patronat de la Presse Togolaise (PPT) maintient sa position : les griefs portés contre les journalistes dans l’exercice de leur profession doivent être appréciés au regard des dispositions du Code de la presse et non du Code pénal, conformément au principe selon lequel « la loi particulière prime sur la loi générale ».

L’application du Code pénal contre des journalistes critiques du pouvoir fait craindre un retour aux heures les plus sombres de la presse togolaise, alors même que la dépénalisation des délits de presse constitue un combat historique depuis 2004.

I. PIQÛRE DE RAPPEL SUR L’ADOPTION DU CODE PÉNAL EN 2015

Lors de l’adoption du nouveau Code pénal en 2015, l’organisation « SOS Journaliste en danger » avait mené une fronde contre l’article 497 relatif aux publications d’informations fausses par voie électronique.

Les autorités d’alors, notamment le ministre de la Justice Me Tchitchao TCHALIM et le président du groupe parlementaire UNIR Christophe TCHAO, avaient rassuré l’opinion que cet article ne serait jamais appliqué aux journalistes.

Lors des 44es assises de l’Union de la Presse Francophone à Lomé en 2015, une délégation avait rencontré les autorités togolaises sur cette question. Elle avait reçu les mêmes assurances.

À la cérémonie d’ouverture, interpellé par Peter DOGBE, président de l’UPF-Togo, le Premier ministre d’alors, Sélom KLASSOU, avait déclaré que l’article 497 ne constituerait jamais une épée de Damoclès sur la tête des journalistes.

Le PPT pose alors cette question :

> « Que s’est-il passé entre 2015 et 2021 pour que les autorités ne respectent plus la parole donnée ? N’existe-t-il plus le principe de continuité de l’État au Togo ? »

Le PPT estime que les arrestations expéditives de journalistes favorisent l’autocensure et jettent le discrédit sur la gouvernance actuelle.

Classé 49e mondial en 2007 par Reporters sans frontières, le Togo se retrouve aujourd’hui à la 97e place mondiale en 2026.

II. PLAIDOYERS ET LOBBYING POUR ASSAINIR LE CADRE LÉGAL

II.1. Peines privatives de liberté

Le Code de la presse et de la communication actuellement en vigueur contient plusieurs dispositions jugées contraires à la dépénalisation des délits de presse.

Sont notamment visés :

L’article 3 alinéa 2 excluant les réseaux sociaux du champ d’application du Code ;

L’article 5 relatif à la presse en ligne ;

L’article 156 prévoyant l’application du droit commun aux journalistes utilisant les réseaux sociaux.

Le PPT estime qu’à l’ère du numérique, les réseaux sociaux constituent des outils de travail indispensables pour les journalistes et des extensions naturelles des médias traditionnels.

Le futur Code de la presse en préparation suscite également des inquiétudes, notamment après l’introduction de l’article 78 dans la nouvelle Constitution.

Le PPT précise toutefois que son plaidoyer ne concerne pas :

L’article 155 relatif au prêt de nom ;

L’article 157 relatif à l’appel à la haine interraciale ou interethnique ;

L’article 158 relatif à l’incitation des forces armées à se détourner de leurs devoirs.

II.2. Lourdes peines d’amende

Le nouveau Code de la presse prévoit des amendes pouvant atteindre 2, 3 voire 5 millions FCFA pour certains délits de presse.

Sont notamment concernés les articles 150, 151, 152, 159, 160, 161, 162, 163, 166, 167, 168 et 169.

Selon le PPT, la précarité économique de la presse privée togolaise ne permet pas aux médias de supporter de telles sanctions financières.

Ces amendes risquent d’entraîner la fermeture de nombreux organes de presse.

III. DÉTAXATION DES INTRANTS D’IMPRIMERIE ET MATÉRIELS MÉDIATIQUES

Le PPT demande :

L’adoption du décret d’application de la Convention de Florence (1950) ;

L’application du protocole de Nairobi (1976), ratifiés par le Togo le 16 novembre 2009.

Objectif : réduire de moitié le coût des intrants d’imprimerie, des équipements de production et des matériels de diffusion médiatique.

IV. APPEL DU PATRONAT DE LA PRESSE TOGOLAISE (PPT)

Le PPT lance un appel à tous les professionnels des médias, du public comme du privé, pour :

1. L’abrogation de l’alinéa 2 de l’article 3, de l’article 5 et de l’article 156 du Code de la presse et de la communication du 7 janvier 2020 ;

2. L’allègement des lourdes peines d’amende du nouveau Code de la presse afin de les harmoniser avec les dispositions de l’ancien Code ;

3. L’adoption du décret d’application de la Convention de Florence et du protocole de Nairobi ratifiés par le Togo depuis le 16 novembre 2009.

Le PPT estime que seul l’assainissement du cadre légal permettra l’ancrage durable de la liberté de la presse et l’émergence d’une presse libre et responsable au Togo.

Le Patronat rappelle néanmoins qu’il n’existe pas de liberté sans responsabilité.

Aux lendemains de la Journée mondiale de la liberté de la presse célébrée le 3 mai 2026, le PPT invite tous les journalistes à une autocritique sincère ainsi qu’à davantage de professionnalisme dans l’exercice du métier.

Que la Providence veille sur le Togo !

Je vous remercie.

PATRONAT DE LA PRESSE TOGOLAISE (PPT)

Yawo KLOUSSE

Yawo KLOUSSE

Journaliste, Directeur, Editeur du Site afriquenligne.tg

Journaliste et éditeur passionné par l’actualité africaine, il dirige Afriquenligne.tg avec l’ambition de livrer une information fiable, claire et proche du terrain.

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