INTERVIEW ET HOMMAGE À UN ESPRIT LIBRE DE L’ÉCONOMIE TOGOLAISE : MICHEL NADIM KALIF
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Interview réalisée par Yawo KLOUSSE
Témoin vivant de l’histoire contemporaine du Togo, Michel Nadim Kalif a consacré toute sa vie intellectuelle et professionnelle à la République qui l’a vu naître. Économiste rigoureux, chef d’entreprise visionnaire et pédagogue hors pair, il n’a jamais cherché à s’enrichir personnellement de son savoir. Son indépendance politique et son refus de tout alignement partisan lui ont valu l’estime de toutes les sensibilités politiques du pays.
Pendant que le Togo vouait un culte quasi exclusif au diplôme, Michel Nadim Kalif enseignait, par la parole et par l’exemple, l’économie réelle et l’esprit d’entreprise. Il suffisait d’écouter ses interventions dans les médiathèques, de suivre ses analyses dans la presse écrite et audiovisuelle, ou de lire ses interviews pour comprendre les mécanismes économiques fondamentaux et les clés de l’entrepreneuriat. Ses réflexions ont, à bien des égards, inspiré les orientations économiques mises en œuvre sous le régime du général Gnassingbé Eyadéma, et continuent d’éclairer les débats actuels.
Enfin, rendre hommage à Michel Nadim Kalif de son vivant, c’est reconnaître la valeur d’un intellectuel qui n’a jamais trahi sa conscience ni marchandé son savoir. Malgré la maladie qui le cloue aujourd’hui sur place, l’homme n’a rien perdu de sa lucidité ni de sa rigueur analytique. Il continue d’écrire, de réfléchir et d’être consulté sur les grands enjeux de l’actualité nationale. Sa parole demeure une boussole morale et économique pour le Togo. À l’heure où les hommages sont trop souvent réservés aux disparus, il est juste et nécessaire de saluer ceux qui, comme lui, ont donné sans compter à la Nation et continuent d’éclairer le chemin collectif par la force de l’esprit.
*INTERVIEW EXCLUSIVE DE L’ÉCONOMISTE MICHEL NADIM KALIF*
18 ans après la parution de « Pourquoi le Togo va si mal ? »
Afrique en ligne : Comment allez-vous, Monsieur Kalif ?
Michel Nadim Kalif :
Je ne vis pas, je survis. Je suis très, très malade, mais la tête va bien.
Afrique en ligne : C’est l’essentiel. Il y a près de vingt ans, vous avez publié l’ouvrage intitulé Pourquoi le Togo va si mal ?. Aujourd’hui, presque deux décennies plus tard, estimez-vous que le Togo a changé ?
Michel Nadim Kalif :
Cet ouvrage reste entièrement valable. On peut le relire aujourd’hui avec beaucoup d’intérêt pour comprendre la situation actuelle. Fondamentalement, les choses n’ont pas changé.
Afrique en ligne :
Selon vous, n’y a-t-il donc aucune évolution ? Existe-t-il néanmoins des raisons d’espérer ou des stratégies de sortie de crise ?
Michel Nadim Kalif :
La condition préalable, c’est la bonne gouvernance. Il faut une transparence judiciaire qui rétablisse la confiance des populations, une transparence fiscale qui permette de recouvrer l’intégralité des recettes de l’État, et la poursuite de cette minorité pilleuse qui s’est enrichie au cours des vingt dernières années sans payer d’impôts. Tout cela permettrait au pays de retrouver son équilibre financier et d’effacer des dettes mal fondées.
Afrique en ligne :
Concrètement, que proposez-vous aujourd’hui au gouvernement pour redonner un peu de souffle économique à la population ?
Michel Nadim Kalif :
D’abord, instaurer une véritable transparence fiscale. Toutes les ressources doivent être centralisées, connues et contrôlées par les institutions compétentes. Ensuite, il faut aller vers les plus pauvres, qui représentent environ 60 % de la population. J’ai récemment proposé la gratuité des transports publics pour les assurés sociaux, afin de réduire leurs dépenses mensuelles de 10 000 à 30 000 francs CFA.
Par ailleurs, le contrôle des prix, supprimé en 1995 sous l’influence de la Banque mondiale, doit être repensé. Il faudrait créer une structure publique nationale capable de réguler les prix des produits essentiels : légumes, fruits, carburant, afin de contrer les cartels de revendeurs.
Afrique en ligne :
Tout cela semble alimenté par l’impunité. Le détournement de fonds publics n’est-il pas au cœur du problème ?
Michel Nadim Kalif :
Évidemment. En 2012, le Président de la République, Faure Essozimna Gnassingbé, avait reconnu l’existence d’une minorité pilleuse qui appauvrit le pays. Jusqu’à présent, les résultats concrets sont invisibles. Des milliers de milliards se sont évaporés depuis cette date, sans enquêtes approfondies ni poursuites sérieuses. Cette absence de reddition des comptes reste un mystère togolais.
Afrique en ligne :
Merci beaucoup, Monsieur Kalif. À très bientôt.





















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