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DROITS DE L’HOMME AU TOGO : LE PRINCIPE DE NON-REFOULEMENT FACE À LA CRISE DES EXILÉS POLITIQUES ET ÉTUDIANTS

DROITS DE L’HOMME AU TOGO : LE PRINCIPE DE NON-REFOULEMENT FACE À LA CRISE DES EXILÉS POLITIQUES ET ÉTUDIANTS

Au regard des engagements internationaux pris par les États à travers la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et la Convention de Genève relative au statut des réfugiés, notamment en ses articles 1er, 31 et 33 consacrant le principe de non-refoulement, la question du retour des exilés togolais demeure aujourd’hui une problématique profondément préoccupante.

Le principe de non-refoulement interdit à tout État de renvoyer une personne vers un pays où sa vie, sa liberté ou sa dignité risquent d’être menacées en raison de ses opinions politiques, de ses activités militantes ou de son engagement dans la défense des droits fondamentaux.

Pourtant, la situation sociopolitique au Togo continue d’alimenter les inquiétudes des défenseurs des droits humains, des activistes politiques, des journalistes et des étudiants engagés.

Depuis les vagues de contestations politiques ayant marqué les années 2015, 2017, 2018, 2019 jusqu’aux périodes récentes, de nombreux Togolais ont pris le chemin de l’exil après avoir été confrontés à des arrestations arbitraires, des violences, des menaces, des poursuites judiciaires contestées ou encore des actes d’intimidation. Ces événements ont profondément terni l’image du pays sur le plan international et nourri un climat de peur au sein de la population.

Les organisations de défense des droits humains dénoncent régulièrement les représailles exercées contre les acteurs de la société civile, les militants de l’opposition et les citoyens engagés dans les mouvements revendicatifs. Dans plusieurs cas, les personnes ciblées affirment avoir été victimes de surveillance, d’interpellations répétées, de tortures physiques ou psychologiques, voire de poursuites motivées par des considérations politiques.

L’histoire récente du Togo reste marquée par plusieurs affaires emblématiques. L’ancien député et opposant politique Manti, revenu d’exil au Ghana, avait été arrêté puis détenu durant plusieurs années avant d’être libéré dans le cadre d’accords politiques entre le pouvoir et l’opposition.

Plus récemment encore, l’activiste Jean-Paul Omolou, revenu de Suisse, a été interpellé à Lomé par les services de renseignement avant d’être placé en détention. D’autres militants proches du Parti National Panafricain (PNP), notamment Sébabé-Guéffé Tchassanti Nouroudine et Alfa Ibrahim, ont également été arrêtés après leur retour ou leur présence sur le territoire togolais.

À ces cas s’ajoutent ceux de nombreux exilés togolais vivant aujourd’hui dans une grande précarité administrative à l’étranger. Plusieurs demandeurs d’asile déboutés ou en difficulté de régularisation hésitent à rentrer au pays, craignant d’être arrêtés, poursuivis ou victimes de représailles à leur retour.

Parmi eux figure le cas de Lawson Tévi Julien, étudiant togolais arrivé en Belgique le 06 septembre 2023 pour poursuivre des études universitaires. Après trois années d’études, son titre de séjour n’a pas été renouvelé. Désormais menacé d’un retour forcé vers le Togo, le jeune étudiant affirme vivre dans une profonde inquiétude en raison de son passé militant au sein des mouvements estudiantins de l’Université de Lomé.

Selon son témoignage, il était engagé dans les revendications portées par la LTDE et le MEET, deux mouvements estudiantins particulièrement actifs sur le campus universitaire durant les périodes de tensions sociopolitiques.

Il relate notamment les événements du 23 janvier 2018, lorsque les forces de sécurité universitaires et les forces de l’ordre sont intervenues violemment pour disperser une assemblée générale d’étudiants organisée sur le campus de l’Université de Lomé.

Ce jour-là, plusieurs étudiants auraient été frappés, poursuivis et arrêtés. Des responsables estudiantins étaient alors accusés d’être hostiles au pouvoir et considérés comme des fauteurs de troubles.
« J’ai dû fuir pour éviter d’être arrêté », confie l’étudiant, qui explique avoir vécu depuis lors dans la peur permanente en raison de son implication dans les mouvements estudiantins contestataires.
Lawson Tévi Julien affirme craindre qu’en cas de retour au Togo, il puisse être arrêté, poursuivi ou soumis à des représailles en raison de son engagement passé. Une inquiétude qu’il dit voir renforcée par les violences et arrestations ayant déjà visé d’autres étudiants militants.
Son cas relance ainsi le débat sur la protection des exilés politiques et des étudiants engagés, particulièrement ceux dont les demandes de protection internationale n’aboutissent pas favorablement dans les pays d’accueil.
D’autres citoyens togolais vivant en exil évoquent des situations similaires. Des militants politiques, des observateurs des droits humains, des journalistes ou encore des proches d’opposants politiques disent avoir fui le pays après des menaces, des intimidations ou des poursuites.

Plusieurs noms reviennent régulièrement dans les témoignages d’exilés, illustrant l’ampleur du phénomène.
Par ailleurs, la question des conditions de détention au Togo continue également de susciter de vives préoccupations. Des décès signalés ces derniers mois dans les prisons togolaises, associés aux dénonciations récurrentes sur la surpopulation carcérale et les conditions de vie jugées indignes, accentuent les craintes des personnes susceptibles d’être arrêtées à leur retour.

Face à cette situation, des voix s’élèvent pour appeler les autorités togolaises à créer les conditions d’un véritable climat de réconciliation nationale. Plusieurs acteurs de la société civile estiment qu’il appartient au gouvernement, aux institutions de la République ainsi qu’au Médiateur de la République de favoriser un environnement politique apaisé permettant aux exilés de rentrer sans crainte de persécution.

Pour de nombreux observateurs, seul un changement réel du climat sociopolitique et un respect effectif des libertés fondamentales pourraient encourager le retour volontaire des Togolais en exil. À défaut, le principe de non-refoulement demeure, aux yeux des défenseurs des droits humains, une garantie essentielle pour protéger la dignité, la liberté et la sécurité des personnes menacées.

Dans un contexte où plusieurs Togolais continuent de vivre entre l’exil, l’incertitude administrative et la peur du retour, la problématique du non-refoulement apparaît plus que jamais comme une question centrale des droits humains au Togo.

K. Richelieu

Yawo KLOUSSE

Yawo KLOUSSE

Journaliste, Directeur, Editeur du Site afriquenligne.tg

Journaliste et éditeur passionné par l’actualité africaine, il dirige Afriquenligne.tg avec l’ambition de livrer une information fiable, claire et proche du terrain.

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