CRISE POLITIQUE AU TOGO : LA DYNAMIQUE POUR LA MAJORITÉ DU PEUPLE (DMP) DÉNONCE UNE DÉRIVE DICTATORIALE ET APPELLE À LA MOBILISATION GÉNÉRALE
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La Dynamique pour la Majorité du Peuple (DMP) a tenu une conférence de presse au ton grave et déterminé pour alerter l’opinion nationale et internationale sur la situation politique jugée « alarmante » au Togo. Dans une déclaration liminaire ferme, elle accuse le régime de Faure Gnassingbé de conduire le pays dans une fuite en avant autoritaire et antidémocratique, tout en appelant le peuple à l’unité et à la mobilisation.
Cette sortie de la DMP fait suite aux conclusions du séminaire des 14 et 15 novembre 2025 consacré à la crise de légitimité du pouvoir et à la nécessité d’une transition démocratique. Selon la DMP, l’adoption forcée de la Constitution du 6 mai 2024, qui a instauré la 5ᵉ République, constitue un tournant dangereux dans l’histoire politique du pays.
Une Constitution imposée, une rupture de confiance avec le peuple
Pour la DMP, la nouvelle Constitution, adoptée en dehors de tout référendum populaire, consacre un « verrouillage de la succession au pouvoir » et marque une rupture totale entre le peuple togolais et ses dirigeants. La mise en place d’un régime parlementaire à travers cette réforme constitutionnelle est analysée comme une manœuvre politique destinée à consolider l’emprise du régime sur les institutions.
« Depuis plus de six décennies, le peuple togolais vit sous un système qui a confisqué son droit à la démocratie, à l’alternance politique et à la bonne gouvernance », déplore la conférence des présidents de la DMP. Arrestations arbitraires, restrictions des libertés, répression des journalistes et des activistes : pour la plateforme, l’État de droit est désormais vidé de son contenu et transformé en un instrument de répression.
Le discours du 2 décembre 2025 : un “cynisme institutionnel” dénoncé
La DMP s’est particulièrement attaquée au discours prononcé par Faure Gnassingbé le 2 décembre 2025, qu’elle qualifie de « cynisme institutionnel ». Sous couvert d’un appel à l’unité nationale et à la stabilité de la 5ᵉ République, le chef de l’État aurait, selon elle, ignoré les aspirations profondes des Togolais.
La DMP relève plusieurs incohérences majeures :
Faure Gnassingbé invoque la nouvelle Constitution de 2024 pour légitimer son pouvoir, alors que les articles 59 et 144 de la Constitution de 1992 auraient été violés pour faire adopter ce texte.
Il vante la bonne gouvernance pendant que le pays s’enfonce, selon la DMP, dans l’endettement, la corruption et le chômage massif.
Il parle de paix et d’inclusion alors que l’opposition continue d’être traquée et les libertés publiques réduites.
La plateforme évoque aussi la banalisation de l’impunité, notamment les agissements de miliciens proches du pouvoir lors de manifestations. Elle a rappelé l’attaque violente perpétrée le 29 septembre 2024 contre les députés Guy Marius Sagna (Sénégal) et Kafui Adjamagbo-Johnson, ainsi que d’autres participants à une conférence citoyenne tenue au siège de la CDPA. Une attaque restée, à ce jour, sans suites judiciaires crédibles.
Mal gouvernance et faillite morale des élites
Sur le plan socio-économique, la DMP dresse un tableau sombre : pauvreté endémique, chômage massif des jeunes, mauvaise répartition des richesses et opacité dans la gestion des fonds publics. Les ressources du pays ne profiteraient qu’à une minorité au pouvoir pendant que la majorité de la population vit dans une précarité constante.
Elle dénonce également le silence complice d’une partie des élites économiques, politiques et intellectuelles qui, au lieu de dénoncer l’injustice, choisissent « la neutralité ou la collaboration passive ». Pour la DMP, cette posture équivaut à une trahison nationale.
La communauté internationale pointée du doigt
La DMP interpelle directement la CEDEAO, accusée de fermer les yeux sur les violations répétées de la démocratie et des droits humains au Togo. Elle critique aussi la France, l’Allemagne et les États-Unis, qu’elle accuse de maintenir un soutien tacite au régime en place, au détriment des valeurs démocratiques qu’ils prétendent défendre.
Selon la DMP, leur silence face à la situation togolaise encourage l’impunité et contribue à la pérennisation de l’injustice sociale et politique.
Appel solennel à la désobéissance civile et à l’unité nationale
Face au verrouillage du système et à l’impossibilité d’une alternance pacifique par les urnes ou par les manifestations, la DMP estime que le peuple n’a plus d’autre choix que la désobéissance civile, s’appuyant sur l’esprit de l’article 150 de la Constitution de 1992, qui fait du citoyen un défenseur de la forme républicaine de l’État.
La plateforme formule plusieurs exigences majeures :
La libération immédiate et inconditionnelle de tous les prisonniers politiques ;
L’instauration d’une amnistie générale pour favoriser le retour sécurisé des exilés ;
La mise en place d’un front de libération nationale impliquant toutes les forces patriotiques ;
Une mobilisation populaire totale et permanente contre le régime actuel.
Elle lance également un appel aux forces de défense et de sécurité, les invitant à respecter leur serment de protection du peuple et à ne plus servir d’outil de répression.
« La victoire est au peuple »
En conclusion, la DMP affirme que l’heure n’est plus aux hésitations. Pour elle, la lutte engagée par des mouvements citoyens, dont le M66, est légitime et nécessaire à la restauration de la République et de la souveraineté populaire.
« C’est dans la mobilisation, l’unité et la détermination que le peuple togolais retrouvera sa liberté. La victoire est au peuple », conclut la déclaration.
Yawo KLOUSSE























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