COMPRENDRE ET VIVRE LA DUDH AU QUOTIDIEN : L’APPEL DE Me BERTIN K. AMEGAH-ATSYON AUX CITOYENS TOGOLAIS
Interview réalisée par
Yawo KLOUSSE
À l’occasion du 77ᵉ anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH), Me Bertin K. AMEGAH-ATSYON, éminent juriste et Président de l’association Nouveaux Droits de l’Homme, se distingue une fois encore par son engagement constant en faveur de la défense et de la protection des droits humains. Acteur de terrain reconnu, il mène une tournée médiatique et de proximité pour sensibiliser les populations, vulgariser les principes fondamentaux de la DUDH et rappeler que la dignité humaine ne se proclame pas seulement dans les textes, mais se défend chaque jour, au plus près des citoyens.
Afrique en ligne :
Bonjour Maître Bertin K. AMEGAH-ATSYON, pourquoi avoir choisi de marquer le 77ᵉ anniversaire de la DUDH par une tournée médiatique et de proximité avec les populations ?
Me Bertin K. AMEGAH-ATSYON :
« Nous avons choisi une tournée médiatique de proximité parce que les droits de l’homme doivent être compris et vécus par les populations elles-mêmes. À l’occasion du 77ᵉ anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, il est essentiel d’aller vers les citoyens, d’écouter leurs réalités et de rendre ce message accessible à tous. Cette approche permet de donner plus de sens à la commémoration et de rappeler que les droits humains se défendent au quotidien, sur le terrain. »
Afrique en ligne :
Pour le citoyen ordinaire, que représente concrètement la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée en 1948 ?
Me Bertin K. AMEGAH-ATSYON :
La Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 représente pour le citoyen ordinaire une protection contre les injustices et un repère pour défendre ses droits fondamentaux, en affirmant que chacun est égal en dignité et en droits.
Exemple :
Un citoyen est victime de discrimination à l’embauche en raison de son origine ou de sa religion. Il peut s’appuyer sur la Déclaration universelle des droits de l’homme, notamment l’article 2, pour dénoncer cette injustice et revendiquer l’égalité de traitement.
Afrique en ligne :
Selon vous, quels sont les articles de la DUDH les plus méconnus mais pourtant essentiels pour les populations togolaises ?
Me Bertin K. AMEGAH-ATSYON :
Tous les droits de la Déclaration universelle des droits de l’homme sont également importants parce qu’ils sont universels, inaliénables, indivisibles et indissociables. Aucun droit ne peut être ignoré ou séparé des autres : ils forment un tout qui protège la dignité humaine.
Exemple concret :
Le droit à l’éducation (article 26) permet de mieux connaître ses droits et de les défendre, ce qui renforce le droit à la liberté d’expression (article 19) et le droit de participer à la vie politique (article 21). Cela montre que les droits se soutiennent mutuellement et que la violation d’un droit peut en affecter plusieurs autres.
Afrique en ligne :
Après 77 ans d’existence, peut-on dire que la DUDH est pleinement respectée dans nos sociétés africaines, notamment au Togo ?
Me Bertin K. AMEGAH-ATSYON :
Après 77 ans, les droits de l’homme sont reconnus en Afrique et au Togo, mais ils ne sont pas pleinement respectés. En plus des libertés publiques, les droits économiques, sociaux et culturels restent un défi majeur : l’accès à l’éducation, à la santé, à l’emploi décent, au logement et à la protection sociale demeure insuffisant pour une grande partie de la population. Ainsi, malgré les textes et les institutions existants, l’effectivité réelle des droits de l’homme, notamment pour le bien-être quotidien des citoyens, reste limitée.
La chose n’est pas facile, mais comme le disait un grand penseur : « pessimisme de l’intelligence, optimisme de la volonté ». On peut faire triompher les droits humains.
Afrique en ligne :
Quels sont aujourd’hui les principaux défis à la jouissance effective des droits humains par les citoyens ?
Me Bertin K. AMEGAH-ATSYON :
Les principaux défis à la jouissance des droits humains sont la pauvreté et les inégalités, le faible respect et l’application des lois, les restrictions des libertés publiques, la méconnaissance des droits par les citoyens, ainsi que les discriminations et l’insécurité. Le véritable enjeu reste donc l’effectivité des droits dans la vie quotidienne.
Afrique en ligne :
En tant que juriste, comment expliquez-vous l’écart entre les droits proclamés dans les textes et la réalité vécue par de nombreuses populations ?
Me Bertin K. AMEGAH-ATSYON
Je ne pense pas qu il faut être juriste pour bien appréhender cette problématique.
L’écart entre les droits proclamés dans les textes et la réalité vécue par les populations s’explique par la faible application des lois, les contraintes économiques, les faiblesses institutionnelles, les choix politiques, et la méconnaissance des droits par les citoyens. Le problème principal n’est pas l’absence de textes, mais leur mise en œuvre effective.
Exemple :
Le droit à la santé est garanti par la loi, mais dans la réalité, de nombreux citoyens n’ont pas accès à des soins de qualité faute d’infrastructures, de personnel médical ou de moyens financiers. Cela montre que le droit existe sur le plan juridique, mais reste difficile à exercer concrètement.
Afrique en ligne :
Quel rôle les médias, en particulier la presse indépendante comme AFRIQUE EN LIGNE, doivent-ils jouer dans la vulgarisation et la défense de la DUDH ?
Me Bertin K. AMEGAH-ATSYON :
« Lorsque les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit…
Lorsqu ils sont venus chercher les catholiques je me suis tu je ne suis pas catholique.
Lorsqu’ils sont venus chercher les juifs, je me suis tu je suis pas juif……………..
Lorsqu’ ils sont venus me chercher il n’y avait personne pour intervenir »
Cette célèbre pensée de Martin Niemöller illustre que la défense des droits humains concerne tout le monde, pas seulement ceux qui sont directement menacés.
Les médias, et en particulier la presse en ligne, ont un rôle essentiel dans la vulgarisation de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Ils doivent informer et sensibiliser le public sur ses droits, expliquer comment les exercer, dénoncer les violations, et encourager le débat citoyen. En diffusant des contenus accessibles et concrets, ils permettent aux citoyens de mieux connaître et défendre leurs droits au quotidien.
Exemple : un site d’information peut publier des articles et témoignages sur les droits des femmes à l’éducation et au travail, et expliquer les démarches pour faire respecter ces droits, rendant ainsi la DUDH pratique et vivante pour le citoyen.
Afrique en ligne :
La DUDH est souvent perçue comme un texte international abstrait. Comment la rendre accessible et utile au quotidien pour les populations rurales et urbaines ?
Me Bertin K. AMEGAH-ATSYON :
Que dire de plus si ce n ‘est d’ inviter les autorités publiques à faire des droits humains une réalité pour tous. Garantir la justice, l’éducation, la santé, le travail et les libertés fondamentales, lutter contre les discriminations et soutenir la sensibilisation sont essentiels. La dignité et l’égalité de chaque citoyen doivent être effectives, et non seulement proclamées.
Afrique en ligne :
Quel message adressez-vous aux autorités publiques à l’occasion de ce 77ᵉ anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme ?
Me Bertin K. AMEGAH-ATSYON :
Que dire de plus si ce n ‘est d’ inviter les autorités publiques à faire des droits humains une réalité pour tous. Garantir la justice, l’éducation, la santé, le travail et les libertés fondamentales, lutter contre les discriminations et soutenir la sensibilisation sont essentiels. La dignité et l’égalité de chaque citoyen doivent être effectives, et non seulement proclamées.
Afrique en ligne :
Enfin, quel appel lancez-vous à la jeunesse africaine pour qu’elle s’approprie la DUDH et devienne actrice de la promotion des droits humains ?
Me Bertin K. AMEGAH-ATSYON :
Message à la jeunesse :
« À vous, jeunes citoyens, la Déclaration universelle des droits de l’homme n’est pas seulement un texte historique, c’est un guide pour votre vie et votre engagement. Connaissez vos droits, défendez-les, et n’hésitez pas à agir pour ceux de vos camarades et de votre communauté. L’avenir se construit par la vigilance, la solidarité et la participation active de chacun. Soyez des acteurs du respect de la dignité humaine, de l’égalité et de la justice dans votre pays et dans le monde. »
Je vous remercie























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