3 DÉCEMBRE 1991 AU TOGO : DEVOIR DE MÉMOIRE SUR L’ATTAQUE CONTRE LA PRIMATURE

Par : Yawo KLOUSSE
afriquenligne.tg
Le 3 décembre 1991 demeure gravé dans la mémoire collective togolaise comme l’une des pages les plus sombres du processus de transition démocratique amorcé après la Conférence nationale souveraine. En cette journée tragique, la Primature de Lomé, alors dirigée par le Premier ministre de transition Joseph Kokou Koffigoh, a été prise d’assaut par des éléments armés, principalement issus de la garde présidentielle, plongeant la capitale dans la peur et le chaos.
À cette période, le Togo vivait une situation politique extrêmement tendue. La Conférence nationale avait limité les prérogatives du président en place et transféré l’essentiel du pouvoir exécutif au gouvernement de transition. Cette situation était vivement contestée par certaines factions du régime et par une partie de l’armée, créant un climat explosif fait de méfiance, de divisions et de menaces permanentes.
Dans la matinée du 3 décembre 1991, des coups de feu ont éclaté autour de la Primature. Le bâtiment a été encerclé, puis violemment pris pour cible. Des échanges de tirs nourris ont semé la terreur chez les populations riveraines. Des civils, des militants et des passants ont perdu la vie ou ont été grièvement blessés. Des actes de pillage et de brutalités ont été signalés dans plusieurs quartiers de Lomé. Pendant des heures, la ville a vécu au rythme des rafales d’armes automatiques et de la panique générale.
Le Premier ministre Joseph Kokou Koffigoh a été arrêté puis contraint, sous pression militaire, d’apparaître à la télévision nationale pour annoncer la formation d’un « gouvernement d’union nationale ». Pour une grande partie de l’opinion publique et de la communauté internationale, cet acte s’apparentait à un véritable coup de force contre la transition démocratique en cours.
Les conséquences de cette attaque ont été lourdes et durables. Elle a marqué la fin progressive de l’expérience issue de la Conférence nationale, le retour du pouvoir effectif entre les mains du régime en place et l’ouverture d’une période de répression, de violations des droits humains et d’exils forcés pour de nombreux opposants politiques et acteurs de la société civile.
Au-delà des chiffres – souvent imprécis mais évoquant plusieurs dizaines de morts et de nombreux blessés – le 3 décembre 1991 représente un traumatisme national. Il symbolise une occasion manquée d’ancrer durablement la démocratie au Togo, mais aussi la douleur d’un peuple confronté à la violence politique.
Aujourd’hui, plus de trois décennies plus tard, le devoir de mémoire s’impose. Se souvenir de cette journée, c’est honorer les victimes, reconnaître les souffrances endurées et rappeler aux générations actuelles et futures le prix de la liberté et de la démocratie. C’est également rappeler que la paix durable passe par la vérité, la justice, le dialogue sincère et une réforme profonde des institutions pour qu’aucun Togolais n’ait plus jamais à subir une telle tragédie.
Le 3 décembre 1991 n’est donc pas seulement une date de l’histoire togolaise. C’est un avertissement, un témoignage et un appel permanent à construire un avenir fondé sur le respect de la vie humaine, des droits fondamentaux et de la volonté du peuple.






















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